20 novembre 2008 - 21 novembre 2008
- 30 décembre 2008 - 8 janvier 2009 - 8 février 2009
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Certains de mes lecteurs se diront " comment se fait-il qu'un homme comme Jean-Pierre Petit en soit réduit à courur après quatre sous, au lieu de vivre de sa retraite et de se consacrer à plein temps à ses passionnantes recherches ?". La question serait par exemple à poser à ma fille Déborah Petit, 24 ans, qui fait saisir chaque mois 713 euros de pension, directement à l'organisme payeur, alors que nous avions convenu que cette pension s'arrêterait le 1° août 2008. Je ne sais ni où elle réside, ni quelles études elle poursuit en ce moment. Elle n'a pas jugé bon de m'en informer. En 2007 elle était censée achever une " maîtrise en logistique " à la faculté d'Aix en Provence (probablement Science Eco). Un lecteur pourra me fournir des renseignements à ce sujet. Je vais devoir engager des frais pour lancer un procès dont le but sera de mettre un terme à ce confortable viatique (pratiquement : un salaire), ou de le faire réduire, ou de lui faire fixer une limite dans le temps. Aucun avocat n'ayant eu l'idée en seize années de soulever cette question, seul un jugement pourra mettre à un terme à cette décision de justice dont bénéficie depuis 1992 " l'enfant Déborah ", qui a maintenant 24 ans, est titulaire de diplômes monnayables et est tout à fait en âge de gagner sa vie.
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Je continuerai, bien sûr, à créer des bandes dessinées scientifiques qui seront mise en ligne sur le site de Savoir sans Frontières, gratuitement téléchargeables. Quant au reste : la recherche et mes activité de journaliste : je ferai ce que je pourrai. Mais subir les conséquences aggravées d'une accident du travail survenu en 1976, qui me posent actuellement de graves problèmes de santé, et en plus me coltiner des soucis d'argent pour m'offrir le luxe de faire de la recherche à plein temps : non.
J'ai perçu jusqu'en 2005, année de mon départ en retraite une pension d'invalidité, non réévaluable, correspondant à une IPP ( Invalidité Partielle Permanente ) , d'un montant de 75 euros par trimestre. En 1976 j'avais commencé par essayer de refuser cette pension ridicule en suggérant qu'elle soit reversée à un membre du Cnrs moins armé que moi pour faire face à l'adversité (ma réponse personnelle à cette situation consista à créer la collection de bandes dessinées des Aventures d'Anselme Lanturlu, en tant que revenu additionnel). Sachez qu'en matière d'accidents du travail le Cnrs est son propre assureur, ce qui fait qu'on est beaucoup plus mal lotis qu'avec la Sécu. J'avais su à l'époque qu'il existait des chercheurs ou des techniciens qui s'étaient trouvés intoxiqués à vie par des produits chimiques sophistiqués et étaient en procès avec le Cnrs. En effet la maison s'était alignée sur le critères de toxicité et la liste des produits recensés par la sécurité sociale, ou ne figuraient pas ce substances. J'avais donc demandé à ce que ces gens puissent bénéficier d'un apport supplémentaire en percevant ma propre pension, que j'étais prêt à leur céder. Mais ceci ne fut pas possible : une pension d'invalidité est incessible.
En 2005 le Cnrs m'adressa, pour que je puisse continuer à percevoir cette pension un attestation de non décès, que je devais signer et renvoyer. Je ne le fis pas. A la troisième relance la lettre me fut adressée en recommandé avec accusé de réception, stipulant que si je ne remplissais pas le document les versements seraient suspendus.
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Ces versements ont donc été suspendus depuis 2005, au terme d'une histoire digne de Marcel Aymé, mais qui ne me fait sourire qu'à moitié. Quand je fus victime de cet accident du travail ( chute d'un électro-aimant de 250 kilos, qui me brisa les reins ) je compris quel était le sort des chercheurs dans ce cas-là. On les traite des comme des voitures accidentés qu'un buldozer pourra alors sans ménagements basculer sur le bas-côté, avant départ à la casse. Je me souviens des visite d'une assistante sociale appartenant au Cnrs, une femme d'une inefficacité sans faille. Face à tout problème matériel ou familial sa réponse était invariablement " vous n'avez pas un membre de votre famille qui ... ? ". Eh non, je n'en avais pas sous la main. Un jour elle était à mon chevet. J'étais cloué depuis des mois sur un lit roulant, n'étant même pas capable de m'asseoir. Je lui ai dit :
- Madame, il y a une chose que vous pouvez faire pour moi, immédiatement.
- Oh, monsieur Petit, vous savez, et nous en avons eu la preuve maintes fois, que je ne peux pas faire grand'chose.
- Si, ça, vous pouvez le faire dans l'instant.
- Ah bon, et c'est quoi ?
- Foutez-moi de camp !
Si le Cnrs n'existait pas, je n'aurais pas pu mener 30 ans de recherches théoriques en étant salarié. Disons-le carrément : le jour où la recherche, en France, sera privatisée, çe sera la fin de toute recherche fondamentale. Il y a au sein du Cnrs des gens fantastiques, qui vouent toute leur vie à la recherche et y laisse parfois la vie ( Michel Bounias, Jacques Benveniste ) mais l'institution est " drivée " par des scientifiques mieux armés pour des tâches administratives que pour faire de la recherche. On peut dire que la réussite de carrière, dans cette maison est la plupart du temps inversement proportionnelle au talent et à la créativité du personnage. J'ajouterai que l'incapacité de prise de décision, loin d'être un handicap, accroît au contraire les chances d'accéder aux sommets. Je citerai à ce propos une anecdote illustrative qui ne manque pas de sel. Lors du long coup de téléphone que j'eus avec Yves Sillard ( ancien président du Cnes, ancien directeur ou président de tas d'autres choses par la suite, jusqu'à son départ en retraite ...), en 2005, le nom d'Hubert Curien, directeur du Cnrs, puis du Cnes, puis Ministre de la recherche ( il est aujourd'hui décédé ) émergea. J'entendis Sillard me dire :
- Curien est un homme qui a réussi une véritable performance : mener toute sa carrière sans jamais prendre la moindre décision.
Je dirais que j'ai mené mes 35 ans de carrière non " avec l'appui du Cnrs " mais en dépit de tous les bâtons qui furent glissés dans mes roues dans tous les domaines, et en dépit d'une absence totale de crédits. Un des résultat est par exemple que la MHD française est aujourd'hui morte. Nous ne sommes plus que trois survivants. J'ai 71 ans et deux autres collègues, très talentueux ( l'un d'eux est un ingénieur de génie) en ont 75. Les autres sont morts ou gravement malades. Dans quelques années cette MHD franhçaise sera totalement et définitivement " morte et enterrée" au sens propre du terme. Le savoir-faire et le savoir-penser aura disparu. C'est absolument inéluctable. Le groupe "plasmas froids" créé en groupant différents labos n'est qu'une foutaise. On ne reconstitue pas d'un trait de plume trente ans d'absence dans un domaine aussi pointu et sophistiqué.
Le gestion de la recherche, au Cnrs, est entre les mains de commissions où on trouve plus de carriérisme que de talents : un problème a priori insoluble. Plus on passe de temps à s'occuper de sa carrière et moins on en consacre à sa recherche, et vice-versa. Les manettes sont donc entre les mains des plus médiocres, des sans idées, des sans imagination, entre ceux qu'on appelle, sans doute avec juste raison des " politiques".
Ce qui me fait le plus chier, je le dis, c'est le fait que rêver de disposer d'un salaire, fut-il modeste, pour faire s'épanouir les activités de Savoir sans Frontières relève de l'utopie, alors qu'on trouvera toujours, à l'UNESCO ou dans un ministère une provende confortable pour caser un parent ou ami d'un homme politique. Quand j'avais rencontré de Pirey, conseiller scientifique de Valérie Pécresse pour lui expliquer (en pure perte) les perspectives ouverts par la Z-machine et que j'avais fini par lui marler de Savoir sans Frontières il m'avait dit :
- Je vois tout de suite une personne vers qui vous orienter !
Et il m'avait donné les coordonnées de la directrice d'un nouvel Institut, un de plus, l'IHEST ( Institut des Hautes Etudes Scientifiques et Techniques ). J'ai écrit sans recevoir de réponse. Mais qu'est-ce que l'IHEST ? C'est calqué sur le modèle de l'IHEDN ( Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale ). En son sein se constituent des groupes de travail qui planchent sur des questions comme " les Chinois envahissent le Poitou. Que fait-on? ". Puis après moult réunions et missions d'étude sur le terrain, au Poitou et en Chine, l'IHEDN publie ses conclusions dans un audit. L'IHEST publie lui aussi des audits. Je me demande sur quels thèmes.