Les contemporains de Khéops ont-ils traversé l'Atlantique sur leurs voiliers ?
Page 2
Toujours est-il qu'on retrouve des traces de cette technique de construction dans quelques vestiges comme ceux qui ont émergé des fouilles du quartier de la Bourse (emplacement du "Vieux Port" antique de Phocée, alias Marseille). Hugues Journès et Yvon Georgelin ont consacré un ouvrage au personnage de
Pythéas.
qui évoque la vie du héros Phocéen dont on ne connait les écrits qu'à travers les critiques acerbes qu'en firent des écrivains comme Strabon. C'est Pyhteas le Massaliote ( Puqeas o Massaliwths), contemporaine d'Alexandre le Grande et d'Aristote. Comme indiqué dans le livre les deux ouvrages de Pythéas De l'Océan ( Peri Wkeanou ) et Voyage autour de la Terre (Ghs periodos), hélas perdus, ont été lus et critiqués par nombre de savant pendant au moins six siècles. Tous le traitent de menteur. Ainsi Strabon, trois siècles après le périple de Pythéas écrit (Strabon, I , IV, 5):
- Puqeou plasmata - Puqeas anhr yeudestatos...
Traduction :
- Les pires inventions de Pythéas, l'homme le plus menteur...
Ce même Strabon l'accuse "de camoufler ses affabulations géographiques, mensonges qu'il a su couvrir de sa science de l'astronomie et des mathématiques" (Strabon, VII , III , I ).
Il est fort probable que les ouvrages de Pythéas ait été détenus dans la Grande Bibliothèque d'Alexandrie, détruite à trois reprises. En 48 av JC lorsque les troupes de Jules césar mettent le feu aux vaisseaux de Pompée, l'incendie se propageant aux dock et à la bibliothèque, au grand dam de Cléopâtre. En 390 de notre ère cette bibliothèque, qui vient d'être reconstituée par Théodose le Grand est de nouveau la proie des flammes. Enfin en 641 les restent furent détruit, sous l'ordre du calife Omar, disent certains. La seule chance de retrouver ces textes serait de pouvoir un jour explorer la bibliothèque d'Herculanum qui, ensevelie sous les cendres du Vésuve, gît sous le quartier populaire de Résina.
Coordonnées de la maison d'Edition de la Nerthe : 156 Allée des Roses, 83190 Ollioules. 04 90 94 63 13 98 nerthe@wanadoo.fr ISBN 2-913483-10-0. Je ne saurais trop vous inciter à faire l'acquisition de ce très joli ouvrage, illustré par l'archéologue-plongeur Jean-Marie Gassin, qui a possède joli talent d'aquarelliste et que je connais, de même que Georgelin (astronome, découvreur des deux bras supplémentaires de notre galaxie), de longue date.
On ne peut pas dire que le bateau Phocéen de l'époque (330-320 avant JC) ait eu une forme élancée. C'est une "coque de noix". Gassin nous fournit son plan de formes. La coque est munie d'un éperon. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la piraterie existait déjà. Même à bord des vaisseaux de commerce on trouve des armes, des casques. Les commerçants pouvait faire de très mauvaises rencontre et avoir à se défendre. Dans ces conditions, l'éperon était une arme défensive efficace contre des embarcations plus légères.
Les illustrations montrant les vaisseaux antiques sous voile sont rares. En voici une, présente sur un bas-relief.

Mosaïque du musée Bardo, à Tunis, représentant Ulysse et ses sirènes, daté du III° siècle après JC, 6 siècles après le périple de Pythéas
On voit que la voilure principale, enverguée sur un mât placé au centre du bâtiment est complétée par une seconde voile, le dolon. Un navire antique a été reconstitué, basé sur l'épave du Kyrénia, dont l'épave a été trouvée au nord-ouest de l'île de Chypre, en 1968. Longue de 14,5 m elle est datée du IV° siècle avant Jésus-Christ. L'allongement d'un tel navire est de 3,62, ce qui lui donne une largeur de 4 m. Les archéologues on construit un navire semblable, le Kyrenia II qui a parcouru à titre expérimental 1280 miles marins. Vitesse moyenne : 3 noeuds. Par vent farorable la vitesse atteinte a été de 10-12 noeuds (soit 120 km par jour). Bois à forte densité : cèdre, mélèze, accacias. Les archéologues ont pu constater la relative inefficacité d'une navigation à la rame, sur un bateau aussi lourd, concluant que celles-ci devaient plutôt être utilisées lors de manoeuvres portuaires ou par calme plat.
Par gros temps on réduit la voilure en utilisant 6,8 ou 10 filins, passant par des anneaux de cargue. J'en ai moi-même retrouvé un certain nombre sur des épaves marseillaises sur lesquelles je plongeais dans les années 55-60, comme celle du Grand Congluë, à l'époque où mon ami Yves Girault s'occupait des fouilles. Ces anneaux sont en général en plomb. La voile avant est appelée dolon. Elle était pratiquement indispensable pour les virements de bord, celle-ci étant bordée "à contre". Sinon le bateau perd sa vitesse, s'arrête complètement et même "cule".

Virement de bord d'un navire Grec avec dolon bordé à contre

A l'arrière vous distinguez le gouvernail babord. Le bois sur lequel il est fixé ne le traverse pas par son milieu, mais à 25 % de sa "corde". C'est le lieu du "foyer" de cette "aile". Les anciens étaient loin d'être des idiots et avaient remarqué qu'avec un tel montage l'effort à faire, pour braquer la gouverne était minimal.

En haut, à droite, les anneaux de cargue. Les auteurs, qui ont voulu reconstituer le navire de Pythéas ont imaginé que les marins pourraient prendre place sur des bancs de nage et glisser leurs rames par des orifices qui seront fermés par tempête. La circulation de l'avant à l'arrière s'effectue par un couloir surélevé, bien visible sur le dessin. La partie médiane du bateau peut être recouverte par une toile protégeant du soleil ou des intempéries. Les bois sont assemblés par un jeu de clés enfoncées dans des mortaises. Les auteurs écrivent " A cette époque il semblerait que l'assemblage des virures de bordé ne comporte plus de coutures, abandonnées au profit du chevillage".
Ces bateaux sont munis d'une quille, qui encaisse les efforts en flexion, et de couples.

La coque proprement dite est constituée de plaques de bois, de virures assemblées par ensembles clés-mortaises, les clés étant verrouillées à l'aide de chevilles.

A l'arrière la quille est prolongée par un étambot qui se redresse comme un arc. Alors que la proue du naviire est conçue pour "fendre la mer" en plongeant profondément dans les lames dans son mouvement de tangage, la poupe est dessinée de manière à permettre une allure en fuite en cas de tempête.

Elle est à cet effet surélevée, "défendue". Elle est relativement arrondie. Lorsqu'une vague déboule par l'arrière la force d'Archimède s'accroît et cette poupe se soulève. Gassin nous donne, sur la quatrième de couverture de l'ouvrage l'allure de tels vaisseaux, vus par l'arrière.
Sur la couverture, une vue par l'avant, au port.

Il s'agit de bateaux destinés à la navigation hauturière, loin de leur port d'attache. Ce sont aussi des (petits) bateaux de commerce, de faible tonnage. Pythéas est censé être monté très au nord, jusqu'au voisinage de l'Islande, région où il aurait observé des choses incroyables pour les Grecs. Des fortes marées, de cinq à six mètres d'amplitude, inconnues en Méditerranée, qu'il attribue ... à la Lune. Il observe le Soleil de minuit et un état incroyable de la mer où celle-ci (commençant à geler) prend une allure intermédiaire entre l'état liquide et l'état solide. Au delà, elle devient ... solide et on ne peut ni naviguer, ni marcher sur ce supporte : la banquise, qu'il est le premier Méditerrannéen à découvrir. Le livre rédigé par Pythéas, contant son périple, fut perdu. Nous n'en possédons que des commentaires moqueur émanant de l'historien Strabon. Selon celui-ci le récit de Pyhtéas n'est qu'une "histoire Marseillaise".
Les vaisseaux de guerre, des galères, sont différents, élancés, conçus pour être rapides. Armés d'un éperon de bronze, les trirèmes peuvent atteindre 35 mètres de long , et accueillir 170 rameurs, sur trois niveaux de bancs de nage, filant à 8 noeuds en cadence d'attaque et d'abordage (15 kilomètres à l'heure). Ces unités ne sauraient être utilisées pour des voyages à très grande distance, ne serait-ce qu'à cause des problèmes posés par l'entretien des quelques 200 hommes constituant à la fois la force motrice et l'armement du navire.
Les vaisseaux de commerce, selon la reconstitution fournie dans le livre ne sont pas pontés. Leur flanc doit donc être assez haut sur l'eau pour éviter qu'en cas de tempête" ils n'embarquent". Proue et poupe sont également assez élevées pour éviter aux lames déferlante de les submerger. Tout ceci crée un "fardage", donne une forte prise au vent, diminuant les performances au près, lorsque le bateau remonte le vent. Il n'y a guère de différence entre ces navires du III° siècle avant Jésus Christ et ce que produiront des siècles plus tard les architectes navals de l'époque médiévale.
Page Précédente Pages sur cette histoire de bateau Page Suivante
Retour vers Nouveautés Retour vers Guide Retour vers la page d'Accueil