Des coques cousues, pourquoi ?

La coque du musée de la barque est composée de plaques de teck, assemblées par couture. Voic cette technique présentée plus haut. Ce système donne une légèreté maximale. Nul besoin de quille ou de couples. Le lestage pourra être assuré par des blocs de pierre fixés au plancher de la cale, éventuellement amovibles. L'intérêt de la technique d'assemblage par couture est que la maintenance d'étanchéité peut être assurée de l'intérieur du navire. Tout est conçu pour être accessible. Si un marin dit au capitaine :

- Il y a une fuite.....

L'autre lui répondra aussitôt :

- Resserre le lien, ou change-le et mets en un plus fort. Met un peut de résine pour finir le travail.

A priori la technique du bateau cousu permet une navigation à grande distance du port d'attache. On ne carène pas un bateau cousu. Tout au plus des plongeurs iront-ils enlever à l'extérieur de sa coque algues et coquillages. Les unités peuvent être de très grande taille, ce qui leur permet d'affronter des vagues plus importantes. Les textes égyptiens font mention d'unités dépassant les cinquante mètres de long.

Un détail supplémentaire concernant la tenue mécanique. Il est exclu de pouvoir construire des bateaux cousus à l'aide de planches de bois de 50 mètres de long. la fabrication se fera donc par éléments. Dans ces conditions la régularité n'est pas souhaitable. Elle créerait la fragilité. Un bateau conçu comme une coque à revêtement travaillant est soumis au gré des vagues et des vents à des efforts de compression et de flexion. Si une "ligne de fragilité" existait, le bateau pourrait se briser. C'est ce qui se passerait pas exemple si le navire était conçu comme ceci :

L'assemblage ci-après sera meilleur, même si à première vue il donnera l'impression que les Egyptiens ont "n'importe quoi", en prenant des bois récupérés ici et là.

Question tenue à la mer on peut d'abord jouer sur la stabilité de forme et concevoir un tel bateau comme un "Drakkar entièrement ponté". On retrouve l'avantage de la formule : le faible tirant d'eau, la possibilité d'atterrir dans des criques peu profondes, des embouchures de fleuves, de remonter des cours d'eau. Le bateau de haute mer et l'embarcation fluviale ne sont qu'un seul et même objet. Les bateaux peuvent aussi être tirés au sec, ce qui leur assurera une protection maximale. Les égyptiens possédaient des systèmes à doubles leviers travaillant en alternance leur permettant de tirer de très lourdes charges, atteignant plusieurs dizaines de tonnes. Ainsi même des bateaux de 50 mètres de long auraient pu en cas de nécessité être tirés au sec par leur équipage pour des séjours de longue durée et pour les mettre à l'abri.

En obturant les trous d'hommes on isole complètement la coque. On obtient ainsi un bateau qui peut être assez bas sur l'eau et giter fortement. Il ne craindra pas d'être submergé accidentellement par les vagues. Vent de travers ou au près il pourra naviguer couramment avec la jonction coque-pont au ras de la surface. cette possibilité de forte gite permet le déport du lest de quille, accroissant son efficacité.

Au plan de la stabilité on a deux options. On peut considérer que le bateau égyptien de haute mer possède une stabilité de forme (à gauche). Pourquoi pas ? Les drakkars n'étaient pas lestés. Seconde formule : un lest (pierres) posé à fond de cale et fixé à l'aide de cordages. Dans les deux cas c'est "navigable".

Le "fardage" de ce bateau (la prise au vent, vis à vis de tout ce qui est en surface) sera limité au strict minimum. Comme vous le verrons il sera dépourvu de haubans. Sur le pont une simple cabine assurera une protection pour l'équipage.

 

Un bateau, pourquoi faire ?

Comment utiliser le vaste volume de la coque, comment y accéder avec des écoutilles minuscules, qui ne permettraient même pas de glisser un simple ballot de tissu? Pourquoi concevoir des navires de 50 mètres de long si leur chargement-déchargement pose des problèmes inextricables ? La solution a été mentionnée par l'historien Diodore de Sicile. En deux temps et trois mouvements on peut trancher les coutures réunissants les plaques de teck, entre la prouve du navire et le reste de la coque. Eventuellement en tirant le bateau au sec ou lestant son arrière de manière élever sa partie avant on dispose alors d'un orifice d'accès de grande largeur. Il devient possible de charger des ... troncs d'arbres, des cargaisons extrêmement volumineuses. Dans l'après-guerre on avait inventé les "avions-cargos", capables de donner accès à des .. automobiles. Quatre mille six ans avant notre ère les Egyptiens utilisaient des "bateaux cargos". Une fois la cargaison mise en place et arrimée il ne reste plus qu'à recoudre la partie avant et de prendre la mer. C'est selon moi la raison pour laquelle les écoutilles du navire de Kéops étaient si étroites. C'était simplement les écoutilles-standard des bateaux de l'époque.

Chargement d'une cargaison volumineuse, mais légère

Chargement d'une cargaison plus lourde : on câbre le navire en chargeant l'arrière

Pour charger un objet extrêmement lourd, comme une obélisque on commence par amener le bateau dans un bassin après l'avoir garni d'une charge équivalente en "tout venant", aisé à manipuler. Les Egyptiens savaient construire des canaux empiérés, comme l'a montré Georges Goyon, archéologue au Cnrs (voir son ouvrage "Le Secret des Pyramides", aux éditions Pygmalion, 1990). Il prône l'existence d'un canal, alimenté par l'eau du lac Moeris, permettant à longueur d'année d'acheminer des charges, sans avoir à tenir compte de la crue du Nil. Il est de ceux qui pensent que les travaux momumentaux se poursuivaient à longueur d'année en Egypte et non simplement à l'époque où les égyptiens se trouvaient mis en état de chômage technique par la crue annuelle. Cela paraît effectivement vraisemblable. Qui dit canaux dit également système d'écluses. Le navire chargé ayant été amené dans le bassin, on y déverse du sable de telle manière que le bateau se retrouve "ensablé". Ainsi, en vidant l'eau du bassin le bateau repose naturellement sur un lit sableux.

On peut alors détacher la partie avant du navire et vider son chargement de tout-venant. On prépare le lit sur lequel on amènera l'obélisque.

celle-ci viendra prendra sa place en glissant le long d'une rampe.

On peut alors refixer la partie antérieure et remettre en eau et enlever assez de sable pour que la coque puisse quitter librement le bassin et prendre sa route le long d'un canal. Avec de telles manipulations, aucun effort concentré n'est appliqué sur la coque, qui reste toujours uniformément chargée. Opérations inverses pour le déchargement.

On perçoit ici tout l'intérêt de la coque cousue pour le transport de charges à la fois volumineuses et pesantes.