PREMIERE
PARTIE
UNE MACHINE HYPOTHETIQUE,
INSPIREE PAR L’OBJET DECOUVERT PRES DE LA PYRAMIDE DE KHENTKAOUÈS
Aux abords de la pyramide de Khentkaouès, à Giza,
l’archéologue Selim Hassan a découvert en 1932 [1] un étrange objet
en basalte de 24 cm de long sur 18 cm de large dont la fonction
n’a jamais été élucidée à ce jour.
Figure 1 : L’objet découvert près de la pyramide de Khentkaouès,
à Giza
Un objet similaire, bien qu’un peu plus long
(37 cm), en schiste, sans doute à peu près contemporain a été découvert
par Reisner tout près du précédent dans les vestiges du temple d’accueil
de Mikérinos à Giza. Différentes hypothèses quand à l’intégration
de ces objets dans une éventuelle machine ou structure ont été émises.
Parmi les plus récentes, citons celle d’Arnold [2]. Dans tous les
cas de figure on ne dispose que d’un objet, non de données archéologiques
ou textuelles. On ne peut que hasarder des hypothèses.
Celui-ci possède une sorte d’embase tronconique
percée d’un trou, ainsi qu’une partie circulaire, flanquée de deux
joues en forme de demi-lunes, porteuse de trois gorges destinées
à supporter trois cordes. Nous allons intégrer cet objet dans un
dispositif qui pourrait être une des clés du transport de charges
très lourdes dans l’ancienne Egypte, par exemple les mégalithes
constituant les éléments du plafond de la chambre sépulcrale de
Kheops.
Figure 2 : Implantation de l’objet de Khentkaouès
Complétons ce dispositif comme indiqué
sur la figure 3. Les cordes ne glissent pas dans ces gorges, la
pièce servant simplement à retransmettre les efforts dans le madrier
travaillant en compression, dans lequel se loge l’embase tronconique
verrouillée par une cheville.
Figure
3 : Machine de traction
Le dispositif est composé de deux
poutres, de longueurs R et r, solidaires
d’un axe. Avec les trois cordes fixées à l’extrémité de la plus
longue, celles-ci composent un triangle rectangle. Lorsque des ouvriers
opèrent une traction correspondant à la force f ce système transmet
par l’intermédiaire des cordes une force F qui correspond à une
multiplication de la force musculaire par le rapport R/r . Donnons
quelques chiffres. En terrain plat un haleur est capable de développer
pendant plusieurs heures une force de traction de douze kilos. S’il
tire sur une corde il peut développer une force qui peut atteindre
son propre poids, en se pendant à celle-ci. Sans aller jusque là
évaluons cette force de traction à trente kilos. Ce dispositif peut
être installé de différentes manières, selon la façon dont l’axe
de rotation est fixé au sol. Dans le cas qui nous intéresse, pour
des raisons qui seront développées plus loin, la machine est configurée
pour s’adapter sur une culée et fonctionner en traction, mais des
engins de chantier plus petits pourraient être arrimés au sol à l’aide de
piquets et manœuvrés en pesant sur l’extrémité de la poutre. Considérons
les paramètres suivants : Longueur de la poutre longue :
R = 10 mètres. Longueur de la poutre courte : r = 1 mètre.
Facteur d’amplification : 10. Déplacement de l’extrémité de
la poutre longue : 2 mètres (rotation de 12°).
Avec une telle machine un homme tirant sur une corde avec
une force de trente kilos, sur une longueur de deux mètres exerce
une force horizontale de trois cent kilos, travaillant sur une distance
de vingt centimètres. Telle quelle, cette machine semble peu commode
dans la mesure où, si elle permet de développer des forces très
importantes, elle n’assure le travail de ces mêmes forces que sur
des distances relativement faibles. Mais si on couple deux de ces
engins, travaillant en alternance, on obtient une machine d’une
étonnante efficacité. Voir figure 4 .
Figure 4 : Machine inspirée par l’objet de Khentkaouès
Le dessin parle de lui-même. Deux équipes, placées en contre-bas
et non représentées, tirant en alternance sur des cordes (force
f ) développent une force
F, transmise horizontalement et alternativement sur les deux jeux
de cordes arrimés sur la charge par un système de taquets, voir
figure 5. Il existe un système plus simple et plus rapide qui permet
de rendre très rapidement une charge solidaire d’une corde de traction
de fort diamètre. C’est le nœud de halage que les alpinistes appellent
aussi le « nœud de Prussik», qu’ils utilisent pour s’assurer.
Extrêmement simple, il était probablement connu des Egyptiens. Le
schéma du nœud est indiqué sur la figure 5. Sur la figure 6, en A il est
en position « décoincée ». On décoince ce nœud très facilement,
d’un simple geste du pouce. Le nœud coulisse alors librement sur
la corde. Ce nœud est « auto-coinçant » et fournit une
prise extrêmement solide si les deux cordes fines sont sollicitées
comme sur le dessin B de la figure 6. Ceux qui ont pratiqué l’alpinisme
savent que ces nœuds ne glissent pas : plus la traction est
forte et plus le serrage s’accroît. Un ouvrier accroupi sur le mégalithe à tirer peut ainsi enchaîner
les glissements de nœuds très rapidement. En fait il accompagne
le mouvement du bloc en continu, de telle manière que dès que le
second jeu de cordes est mis en tension, celles-ci peuvent jouer
leur rôle. Avec un tel système et une bonne coordination des manœuvres
un mégalithe pourrait glisser sans temps morts. Si on y regarde
de plus près ce système extrêmement simple est beaucoup moins difficile
à mettre en œuvre qu’un moufle.
Fig.5 :
Nœud de halage, schéma
Fig.6 : Mise en œuvre du nœud de halage
Nous conjecturons, bien qu’il n’existe
aucune trace archéologique ou textuelle, que des systèmes plus légers
pourraient avoir été utilisés pour d’autres tâches comme par exemple
tirer un lourd vaisseau à terre, sur une plage, ou opérer son déséchouage
sur un haut fond.
Dans ce qui sera développé par la
suite on imaginera, de manière purement spéculative que des machines
de ce type puissent être installées à chaque virage d’une rampe
hélicoïdale en pierre (et non en brique crue comme dans la théorie
de G.Goyon [3] ) à faible pente et puissent permettre d’envisager
le halage des mégalithes sur un quart de tour. Commençons par évaluer
la force de traction à développer pour permettre à de tels mégalithes
de glisser sur un lit d’argile humide (Chevrier [4] ). Ce sont les
Egyptiens eux-mêmes qui nous apportent la réponse, concernant la
friction. Sur un bas relief datant de la XII° dynastie (Djehouthotep),
reproduit dans [3] page 173 et dans [5], on voit 172 hommes tirer
sur un terrain plat une statue dont le poids est évalué à 60 tonnes,
ce qui donne 2,86 hommes par tonne. En dehors des mégalithes, qui représentent
des charges exceptionnelles, la masse du « bloc standard »
de la pyramide de Kheops est évaluée à 2,5 tonnes, chiffre porté
à 3 tonnes par Georges Goyon [3] en tenant compte du poids du traîneau
et des accessoires, charge qu’une équipe de 8,6 hommes peut haler
en continu en terrain plat. Sans le recours à des machines il faudrait
prévoir des équipes de 120 haleurs pour tirer les blocs de 42 tonnes,
sans déclivité, sans tenir compte de la composante P sin a du poids P, a étant l’angle de montée d’un segment de rampe donné.
Chaque haleur étant capable de développer une force de douze kilos
pendant une longue durée ceci représente une force de 1,4 tonne.
Comme nous verrons par la suite la rampe suggérée est à pente croissante,
celle-ci ne devenant importante que tout près du sommet. Jusqu’à
une altitude de 70 mètres elle reste inférieure à un pour cent (voir,
plus loin, le graphique de la figure 20). En ajoutant la composante
horizontale du poids la force à déployer monte à 1800 kilos, ce
qui nécessiterait cent cinquante haleurs. Mais le même travail peut
être assuré par des machines de Khentkaouès manœuvrées par un nombre
d’hommes dix fois à quinze fois plus faible. S’agissant des « blocs
standards », fixés sur leurs chariots dès leur extraction de
la carrière, ceux-ci pourront être hissés sur la rampe en continu
par dix hommes, la force totale étant de cent kilos pour la friction,
plus trente pour la composante horizontale du poids. Ce système
permet l’usage d’une rampe étroite, clé de la méthode qui va être
développée dans ce qui suit, sur laquelle des équipes réduites de
haleurs pourraient prendre place sur celle-ci pour monter des blocs
de 2,5 tonnes. Il serait par contre exclu d’y faire se déployer
150 hommes halant des mégalithes de quarante tonnes. Ceci n’est
alors possible que grâce à la machine que nous venons de décrire.
Figure 7 :
Arrimage et manœuvre d’un mégalithe.
Chaque élément de rampe est relié
au suivant par une plate-forme carrée horizontale sur laquelle une
machine M amène le mégalithe. La charge ne risquant plus de glisser,
celle-ci est détachée de cette machine M et couplée à la machine
suivante M’ qui assure sa rotation de 90° par ripage, puis son halage
sur le segment de rampe suivant. Ces machines (soixante en tout)
peuvent ainsi assurer un relais et monter ces charges à 70 mètres
de hauteur avec des temps morts minimaux. Le long des segments de
rampe les mégalithes sont halés pratiquement sans temps morts à
une vitesse quasi-constante qui à notre avis pourrait dépasser un
mètre-minute. Un contremaître règle les opérations. Juché sur le
mégalithe, un ouvrier, pendant qu’un des jeux de corde travaille,
avale le mou et ré-arrime le second jeu sur les taquets correspondants
ou à l’aide de nœuds de halages. Un autre, à l’arrière, s’assure
que les cordes ne s’emmêlent pas tandis qu’un troisième veille à
humecter l’argile du chemin de glissement. Si on y regarde de plus
près cette machine, sous ses multiples variantes se présente comme
une concurrente du moufle. Par opposition à celui-ci il n’est pas
nécessaire pour remettre le système de traction en état de ravaler
un métrage important de cordes. Dans cette machine, inspirée par
l’objet de Khentkaouès les cordes de traction restent à poste.
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