A propos des attentats du 11 septembre 2001
Du fanatisme
A propos des attentats eux-même :
...La vulnérabilité des aéronefs apparaît totale, vertigineuse. Comment empêcher des pirates de l'air, décidés à tout, d'amener à bord de simples rasoirs, des objets indétectables par radiographie, comme des couteaux en céramique, extrêmement coupants? Comment protéger les passagers, la cabine de l'équipage ? Seule solution : faire que cette cabine ne puisse simplement pas être accessible pendant le vol, autrement que par un ordre venu du sol (sauf évacuation de l'équipage par une trappe actionnée par des boulons explosifs). Ceci interdirait aux pirates de l'air toute prise en main de la conduite de l'appareil. Ce type de protection de la cabine est du même type que celle des coffres bancaires, face à un hold-up. Un lecteur, Alain Butler, m'écrit "il y a encore plus simple : que la cabine de pilotage soit totalement isolée du reste de la cabine, que l'entrée s'effectue par une porte indépendante". C'est effectivement pertinent et cela implique de revoir toute la conception des aéronefs. Lourd, coûteux, mais peut être à terme, indispensable. Mettre une porte supplémentaire sur un avion n'est pas une chose simple. La structure doit être renforcée. Mais ça n'est peut être pas injouable, d'autant plus que les pilotes pourraient utiliser une porte plus exigüe. Voici par exemple une solution qui ne modifierait pas la structure de l'appareil, mais seulement son aménagement intérieur et la conception de sa porte d'accès. Dessins du haut : l'accès avant des appareils, tel qu'il est actuellement conçu.

...Dessin du bas, l'appareil modifié. Au moment de l'ambarquement les passages et les pilotes entrent "par la même porte" en se partageant l'accès. Mais, une fois la porte fermée, la cabine de l'équipage se trouve totalement isolée du reste de l'appareil, par une cloison. Un wc chimique et un aménagement cuisine feront désormais partie de l'espace-pilotage. L'évacuation d'urgence des passagers, par cet accès s'en trouve un peu contrarié, mais entre deux maux ne faut-il pas choisir le moindre ? De plus, la surface d'accès pourra être accrue dans les nouveaux modèles. L'intérêt de cette formule, c'est son coût relativement modeste. L'essentiel est que le passage de terroristes en direction de la cabine de pilotage ne puisse simplement plus s'effectuer. Aucun pilote civil, quelle que soit la menace que ces hommes feraient peser sur les passagers, n'accepterait de précipiter son appareil contre une ville. On retombe alors dans le "terrorisme ordinaire", avec prise d'otages. Notons que les avions Israéliens ont leur cabine de pilotage séparée par deux portes successives, l'espace intermédiaire faisant office de sas, ce qui exclut toute entrée en force dans la cabine. Si cette solution est applicable dans les avions actuels, elle n'est pas non plus mauvaise.
21 sept 2001 : Alexandre Berube ingénieur canadien, suggérait l'introduction d'émetteurs de gaz anesthésiant dans la cabine passagers. Mieux vaut atterrir anesthésié que mort, à tout prendre. Il ajoute, et c'est son avis, que des terroristes pourraient difficilement amener à bord des masques les mettant à l'abri de ce gaz. En couplant cela au système de deux portes, faisant office de SAS, ceci permettrait à l'un des pilotes, après lancement de l'opération et contrôle vidéo, d'intervenir dans la cabine passagers, et éventuellement d'identifier et de neutraliser les auteurs de l'attentat. Au cas ou ce copilote serait à son tour pris en otage par un auteur d'attentat, on serait ramené au problème précédent, le pilote resté libre ayant consigne de ramener l'avion au sol, quelles que soient les menaces.
...On est face à un terrorisme extrêmement intelligent et très bien préparé techniquement. La synchronisation des actions, sur les différents avions, devait être totale. En effet, les terroristes étant très peu armés, les passagers, apprenant quel pourrait être leur sort, par leurs téléphones portables, pouvaient se ruer sur eux, n'ayant plus rien à perdre, auquel cas les terroristes pourraient se trouver totalement débordés. Il leur a fallu très rapidement tuer les pilotes et transformer la cabine de pilotage en camp retranché, le temps (quelques dizaines de minutes) que les appareils soient en vue de leurs cibles.
...Les avions ont été choisis parce qu'ils effectuaient des vols trans-américains, donc étaient bourrés de kérosène. Les détournements ayant été opérés immédiatement après les décollages, ceux-ci se transformèrent en véritables bombes volantes. On est frappé par l'attitude en vol de l'avion qui a frappé la second tour. Il est en virage important, de manière à s'encastrer au maximum dans le bâtiment. Seul un pilote relativement expérimenté a pu engager une telle manoeuvre de dernier moment, avec une approche en virage, au lieu de tirer droit (ce qui aurait été aisé, le twin towers se dégageant aisément du reste des bâtiments de Manathan du fait de leurs hauteur : 400 mètres).
...Les terroristes et les organisateurs des attentats savaient très bien ce qui surviendrait après l'impact. Le kérosène était indispensable pour attaquer les structures, fer et béton, est les ramollir. Sinon un simple impact aurait créé des dommages limités. Ils savaient aussi que les étages allaient s'effondrer les uns sur les autres, dans le style "dominos". Tout ceci avait été étudié de longue date, simulé, et peut-être même expérimenté sur maquettes ou bâtiments. L'attaque a été pensée par des ingénieurs du bâtiment, entre autre. Ce phénomène fait des tours de véritables "colosses aux pieds d'argile".
...L'imprévoyance a été, comme d'habitude, de règle. Il est vrai que si un scénariste s'était proposé dans une maison de production en proposant un tel film, on lui aurait répondu "dites, vous ne croyez pas que vous en faites un peu trop ?". La conséquence logique est qu'il faut désormais tout envisager, en essayant de se mettre dans la peau de gens qui ne reculent devant rien et cherchent à créer le maximum de dommages humains. Cette suite logique passe par l'usage d'armes nucléaires et bactériologiques. Pour mémoire : une bombe A a la taille d'une balle de tennis (voire bien inférieure, puisque c'est l'amorce d'une bombe à neutrons qui peut être logée dans un obus de mortier de 88 mm). Une arme bactéiologique est une simple éprouvette. Vidée dans un bassin d'alimentaton d'une grande ville, et contenant par exemple un virus ou une bactérie à taux de reproduction rapide, elle peut faire des dizaines ou des centaines de milliers de morts en quelques heures.
...Il ne s'agit nullement d'une action visant un chantage. Il n'y a aucune demande. Cet acte est une déclaration de guerre de gens pilotés par des factions religieuses. Rechercher des responsables "pour les traduire en justice", comme disait Bush, est pratiquement une chose vaine, un réflexe d'occidental. Opérer des représailles ne semble pas constituer non plus une solution, face à des gens pour qui le sacrifice de leur vie est un acte considéré comme naturel.
Du fanatisme.
...On s'interrogera plus loin sur les causes d'une telle situation, qui présente un caractère planétaire. Comme le rappelait un responsable français, ce sont des dignitaires religieux qui décident des "fatwah", des actes de guerre sainte. Ils se croient directement inspirés par Dieu. On se retrouve donc face à des gens qui fonctionnent comme dans les temps bibliques, ou dans l'ancienne Babylone, ou en Assyrie. Dans ces pays, à des époques où ont eu lieu des actes de cruauté qui ont toujours stupéfié les historiens, il faut se rappeler que les décisions de guerre n'étaient nullement prises par des "politiques" mais "directement inspirées par des dieux", ou un dieu. Le roi ou le chef de guerre qui engageait les opérations ne se sentait nullement responsable, dans la mesure où, par exemple "cette décision lui avait été suggérée lors d'un songe". Il existe aussi des prises de décision qui, historiquement, étaient fondées sur des tirages au sort :
- Que dois-je faire ? Négocier ou partir en guerre contre mon voisin ?

...La vulnérabilité de l'adversaire
est perçue comme un effet de la volonté divine : "Si notre
adversaire est vulnérable, voire totalement désarmé, c'est
que notre dieu l'a placé entre nos mains". Si on ne rentre pas dans
cette "logique religieuse" qui nous propulse des milliers d'années
en arrière, rien n'est compréhensible avec nos critères
d'occidentaux.
...Il y a alors une chaîne décisionnelle
et d'action. Des responsables religieux sont profondément convaincus
d'accomplir les volontés de leur dieu. Ceux qui leur sont soumis sont
aussi persuadés d'être les relais d'une volonté divine,
que leurs leaders leur transmettent. Il y a des "sacrificateurs" et
les "sacrifiés". Dans un dossier TV récent on interrogeait,
dans sa cellule, un fabriquant de gilets explosifs destinés à
équiper des kamikazes palestiniens. On lui demandait pourquoi il n'irait
pas lui-même se sacrifier. Sa réponse :
- Chacun son travail. Le mien est de concevoir et de fabriquer des gilets explosifs, celui des kamikazes de les mettre en oeuvre.
Il aurait pu ajouter :
- Nos Ayatollah n'ont pas à se sacrifier. Chacun est à la place qui lui a été assignée par Dieu. Les kamikazes sont en fait ceux qui, dans notre paradis, seront les plus récompensés. Moi-même, si un jour je recevais l'ordre de me transformer en kamikaze, cela ne me poserait aucun problème. Fabriquant de gilets explosifs, kamikaze : tout cela c'est la même chose. Quant à nos Ayatollah, ils sont aussi à leur place. Il faut bien un téléphone portable pour recevoir la voix de Dieu. Eux, c'est leur job.
...Le profil psychologique du "bras armé"
de cette action est particulièrement important à comprendre. On
peut s'étonner du "niveau de culture et d'études" de
nombreux commandos-suicide. Ce serait une très grave erreur de croire
que ces commandos ne se recrutent que dans des milieux défavorisés,
chez des desperados, des gens sans avenir. Parmi les membres des commandos récents
(et à venir) se trouvent des gens qui, de par les études qu'ils
ont faites, ou leur situation familiale, auraient pu occuper des places confortables
dans leur société, ou un pays étranger au leur. On achope
alors avec le problème général du fanatisme, qui échappe
à toute logique. Sa clef est le conditionnement, qui agit, on l'a vu,
dès l'enfance. C'est le même conditionnement qui a pu produire
les nazis, les gardes rouges, et maintenant les intégristes. A la base
il faut évidemment un mal-être, une interrogation générale
de l'individu sur le sens de sa vie, de la vie. Ce mal-être peut être
objectif (misère, absence totale de perspective d'avenir) ou subjectif.
Il peut être aussi induit, suscité. La réaction est alors
d'abandonner toute autonomie psychologique et décisionnelle à
un leader, quel qu'il soit. Ce peut être un Ayatollah, ou un Gourou, ou
un homme politique, un "Fuhrer", un prêtre fanatique (comme
ce fut le cas pendant les guerres de religion du passé, ou .. les croisades).
Un contrat psychologique est alors passé entre le leader et ses disciples.
Les disciples fabriquent et renforcent leur leader, qui à la limite,
s'il n'agit pas intérêt et cynisme, et se sent "responsable
de ses ouailles". Le leader modèle les pensées de ses disciples.
A la base il faut une idéologie religieuse ou (et) politique, souvent
condensée dans un texte, un livre constituant "la pensée
fondamentale". .Comment des
millions d'hommes, qui avaient parfois reçu des éducations sophistiquées,
ont-ils pu donner leur vie sur la base de textes, bruts ou réinterprétés,
aussi simplistes ? La réponse est que le texte n'a pas d'importance.
L'important, c'est l'efficacité du lavage de cerveau, quel qu'il soit.
Aucune personne au monde, y compris vous, moi, n'est à l'abri d'un tel
phénomène. Le "mental" humain peut en effet être
comparé à la passerelle d'un navire. Une "personnalité"
(notre moi conscient) reçoit des informations par ses organes sensoriels.
Il assiste à des scènes, lit des textes, entend des paroles prononcées,
directement ou par l'intermédiaire de medias quelconque. Il dispose d'une
certaine autonomie psycholologique, décisionnelle, qui dépend
de son niveau d'éducation, du conditionnement dont il a été
l'objet depuis son enfance. Cette autonomie est toute relative car les décisions
sont prises par rapport à des référentiels moraux qui dépendent
des cultures : respect ou non-respect de l'autre, de soi-même, sens du
sacrifice, du "don de soi", "courage", "lacheté",
soumission, dominance, individualisme ou impossibilité d'exister en dehors
d'un groupe social, perception subjective de son intérêt, ou des
intérêts claniques ou ethniques, "niveau d'humanisme ou d'universalisme",
opposé au racisme ou au sectarisme, "horizon ethnique", où
commence "l'autre", "l'ennemi", vision du devenir post-mortem,
motivante (réincarnation, "réponse du sacrifié dans
un paradis"", espoir d'une vie meilleure dans un au-delà, voire
simple nihilisme masochiste, souhait de s'annihiler pour échapper définitivement
à ses problèmes personnels). La palette des référents
psycho-sociologiques est très vaste. Toujours est-il que n'émerge
de cet ensemble qu'un pourcentage relativement faible de "libre-choix",
le reste étant affaire de conditionnements. Jadis, les messages religieux
étaient le véhicule majeur de ceux-ci, complétés
par des discours spécifiques tribaux ou ethniques. Aujourd'hui les medias,
véhicules de violence et de sadisme, portent une responsabilité
énorme. Rambo, entre autre, s'est retourné contre ses auteurs.
beaucoup de télespectateur ont trouvé que l'explosion du trade
center ressemblait à "Independence Day". Effectivement, on
aurait dit des effets speciaux.
... Personne ne s'étonne
qu'un individu, où qu'il soit sur cette planète, puisse assiter,
de manière ritualisée, à dix meurtres par jour, simplement
en allumant sa télévision. Personne ne s'étonne que des
jouets d'enfants puissent être à l'image d'armes de desctruction
très diverses. Personne ne s'étonne qu'on ait donné le
nom d'un costume de bain (Bikini) à un lieu où ait été
expérimentée une arme nucléaire. Comment un ingénieur
Français a-t-il pu intituler un livre où il contait l'histoire
de l'armement nucléaire dans notre pays "Auprès de ma bombe".
Comment Edward Teller pouvait-il familièrement surnommer la bombe H :
"My baby". Comment des scientifiques, dans le cadre du projet Manhatan,
ont-il pu donner à des expériences nucléaires préliminaires
à des actions de guerre des noms empruntés à des discours
religieux. Le premier montage " H " avait été intitulé
" la Kaaba ", bien avant que les musulmans n'aient été
perçus par les Américains comme un ennemi potentiel. Alors que
les USA sont une nation en principe chrétienne, le nom de code de la
première explosion nucléaire avait été "Trinity"
( la Trinité ). Pourquoi ce goût systématique du blasphème
? Pour mieux comprendre la psychologie du scientifique collaborant avec les
militaires : lien.
...Il y a donc un
"corps doctrinal". Je vous étonnerais peut être en vous
disant que celui-ci pourrait être remplacé par n'importe quel texte
a priori. En revenant à l'image de la personnalité humaine, on
retourne à celle de la passerelle de commandement, de la timonerie d'un
navire, ce navire étant un .. homme. La personnalité humaine nous
semble (à nous, occidentaux) être faite d'une seule pièce.
Mais tout se passe comme si, "à l'intérieur d'une tête
humaine", discutaient plusieurs plans du moi. Il y a le moi conscient,
qui "raisonne" avec ce qu'il pense être "sa logique".
Il y a le moi inconscient, qui fonctionne avec une autre, laquelle intègre
l'expérience vécue par l'individu depuis sa naissance, engrangée
inconsciemment. Il y a le moi ethnique, spécifique. Il y a le moi éducationnel
(enseignement reçu, lectures, conditionnement médiatique). Toute
décision prise au cours d'une vie est le résultat d'un "débat"
entre les différentes composantes de la personnalité humaine.
Encore ne sagit-il là que d'une vision d'occidental. Les mystiques de
tous bords ajouteront une inspiration, fondée ou non : il ne nous appartient
pas de trancher sur une telle question, "d'essence métaphysique".
...Le fanatique opte pour un renoncement à
sa propre autonomie et par le delà de sa responsabilité d'être
humain . Un ou des leaders décident alors à sa place. Cet abandon
peut être assimilé à un abandon de poste, "le commandant
abandonnant sa timonerie". Par abandon il faut aussi inclure son corollaire
: une attitude d'étanchéité psychologique, gage d'invulnérabilité.
L'étanchéité apporte alors le confort d'une structure,
avec le réconfort du soutien d'un groupe. En ayant le sentiment d'appartenir
à une multitude, l'être humain fait, pour en retirer ce bénéfice,
le sacrifice de sa personnalité, et éventuellement de sa vie.
...Subjectivement, ce prix lui paraît léger.
Le leader, d'une certaine manière, en fait autant, dans la mesure où
il se fond lui-même en se percevant comme l'émanation d'un groupe
et le propagateur d'une pensée. On peut alors parler d'auto-hypnose.
Ayant approché jadis une secte d'inspiration indouïste (la secte
de Ram Shandrah), non pas en tant que membre mais dans l'intention d'aller y
récupérer un de mes amis, j'ai pu voir à l'oeuvre les mécanismes
essentiels du fonctionnement d'une secte. La clef est la "non-pensée".
Chez certains cette non-pensée porte le masque de la "méditation".
Méditer, c'est "faire le vide en soi", étouffer le flux
de pensées perturbatrices, véritable bruit de fond empêchant
"l'esprit" de se manifester à l'intérieur des individus.
On pourrait dire, de toute façon, que faire le vide dans ses pensées
peut avoir des bons côtés. Quand des gens sont torturés
par des angoisses, objectives ou subjectives, le fait de "faire le vide
en eux", ne serait-ce que pendant quelques temps, quelques heures, quelques
minutes, ne peut leur faire que du bien. N'importe quel psychologue serait d'accord
avec cette idée.
...Que cet Esprit existe ou non est un autre problème.
Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur la réalité ou
l'irréalité de tout phénomène d'ordre métaphysique.
Nous analysons simplement le résultat. Chez certains mystiques, une telle
pratique amènera à un simple détachement du monde, au renoncement
à une vie sexuelle, aux "plaisirs de ce monde". C'est l'ascétisme,
qui peut aller jusqu'à la mortification médiévale. On pourrait
appeler ceux-là des mystiques passifs. "Ils se fondent dans leur
communication avec l'invisible", en n'y voyant qu'une expérience
strictement personnelle. Certains pensent que la douleur physique rapproche
de "l'Esprit" (les "flagellants" médiévaux).
Le danger est beaucoup plus grand là où commence le prosélytisme
(abandon des la progéniture, des parents, de toute cellule familiale
ou sociale, don de ses biens à la secte, mise à disposition de
sa personne, de ses compétences, de ses talents, au service des intérêts
de la secte).
...Le leader du secte peut rapidement acquérir
une structure schizophrénique ou paranoïaque, s'il ne la possède
pas déjà. Il y a des "mystique" ou "laïcs".
Il est des messages idéologiques qui ressemblent étonnemment à
des corpus religieux.
...Passons au mécanisme essentiel, de
type hypnotique. Il n'y a pas d'hypnose sans abandon de vigilance, sans
renoncement à toute objectivité au profit d'une subjectivité.
Je vais citer une expérience personnelle, que n'importe qui peut rééditer.
C'est une expérience d'abandon volontaire de liberté décisionnelle,
qui se traduit par une prise en charge par une tierce personne. Quand j'étais
étudiant à l'Ecole Supérieure de l'Aéronautique
de Paris, dans les années soixante, un de nos camarades était
tombé sur "un manuel d'hypnose" avec lequel il s'amusait beaucoup,
disait-il, en menant des expériences avec sa soeur. Nous décidâmes
de nous prêter à des expériences (bien innocentes dans leur
contenu). La première démarche consistait à créer
un isolement sensoriel relatif (debout, immobile, les yeux fermés, dans
un lieu peu soumis aux influences sonores). Dans une telle situation, au bout
de dix à vingt minutes, on "perd pied". La sensation de verticalité,
la topologie des lieux s'estompe : on vascille. Auprès se soi, dès
qu'on se retrouve dans cette ambiance (silence, yeux fermés) un manipulateur
assène alors une injonction, en prenant la voix la plus convainquante
possible. Le "jeu" consiste à vider sa tête, à
chasser toute pensée, qui pourrait faire barrage à son message.
C'est indispensable "pour la bonne réussite de l'opération".
Les gens qui pratiquent l'apnée savent ainsi se vider la tête,
simplement parce que l'activité mentale, quelle qu'elle soit, consomme
de l'oxygène. Pendant qu'on abaisse ainsi délibérément
des défenses du moi, du mental, "l'assistant-hypnotiseur" (qui
peut être le premier venu) martèle son message de manière
lancinante. Cela marchera mieux si, subjectivement, son ton, ses argments sont
convainquants et sa voix "chaleureuse". Cet homme place alors celui
qui, délibérément, a décidé d'être
le cobaye, dans une situation de suggestion. Un ordre dénué
de connotation morale, comme de lever les bras, "pénétera"
d'autant plus facilement dans le "mental inoccupé" du sujet,
si cet ordre ne suscite aucun mécanisme de défense "morale-socio-immunologique".
Quand on se prête à cette étrange expérience, le
résultat de l'expérience peut survenir au bout d'un temps variable
: de quelques minutes à trente minutes ou une heure. Tout dépend
de la capacité du sujet à "abaisser ses défenses mentales"
et à "l'hypnotiseur" de se montrer convainquant. Tout bruit
extérieur, tout fou-rire, toute pensée incongrue ramène
le sujet en "case-départ". Ce qui compte c'est de réaliser
que n'importe quel individu qui se préterait à ce "jeu"
verrait au bout d'un temps ses bras échapper pendant un temps plus ou
moins long à sa propre volonté. Chez moi cela avait duré
une ou deux secondes, au bout de trente minutes de marterage dans le genre :
- Tes bras son légers. Vois, tu ne peux les retenir. Ils s'élèvent. Tu ne peux retenir tes bras. Laisse-les monter !
...Tout se passe comme si le corps, interrogeant en vain la "passerelle de prise de décision" avait dit, pendant tout le temps de l'expérience :
- Bon sang, qu'est-ce que je fais ? Il y a un type qui m'ordonne de lever les bras. Cela me martèle la cervelle depuis vingt minutes. Il n'y a personne là-haut pour me dire ce que je dois faire ?
...Le phénomène-clef c'est le changement
de branchement sur les structures donneuses d'ordres. Chez l'adepte c'est l'assujetissement
aux quatre volontés d'un gourou. Dans les sectes il est recommandé
de méditer devant une photo du Gourou, si possible à l'échelle
1/1,pour que s'opère alors une imprégnation inconsciente extrêmement
perverse.
...L'absurdité des ordres, leur immoralité,
en particulier au plan sexuel, n'entre plus en ligne de compte. La personnalité
a été en quelque sorte débranchée, mise hors circuit.
L'efficacité d'un tel procédé dépend évidemment
de tas de facteurs, du caractère suggestionnable du sujet, de "l'aura"
du grourou, de l'ascendant du leader charismatique, du dictateur, et ... de
la pression du groupe. Car la pression liée au groupe démultiplie
la puissance du leader. . Le niveau intellectuel et culturel de l'individu n'entre
pas en ligne de compte. Des gens très frustes peuvent se révéler
difficiles à suggestionner. D'autres, apparemment plus équipés
intellectuellement peuvent basculer très rapidement. J'ai été
étonné de trouver dans cette secte où j'avais pénétré,
des intellectuels fanatisés et ... des membres du CNRS, des collègues
que je connaissais !
...Nous avons parlé d'une simple expérience de psychologie. Qu'on imagine le résultat quand ceci se teinte d'idéologie politique, de religiosité. Il y a alors adhésion totale. Avec le recul, on peut se demander comment des gens intelligents ont pu se laisser séduire par des textes aussi débiles que Mein Kampft ou ... le Petit Livre Rouge (que, personnellement, je n'ai jamais pu terminer, tant je m'y ennuyais. Pourtant, en France aussi, nous avons eu nos "maoïstes"). Mais le contenu est sans importance. Les slogans, les sourates, les mantras, les mots d'ordre peuvent fonctionner comme des intruments d'hypnose. J'ai eu une femme de ménage qui avait adhéré à la secte d'origine Japonaise Nishiren, Shosu, implantée dans de nombreux pays, dont la seule pratique consiste en la répétition d'un seul "mot" : Nàm Yoho, Renge Kyo. On inculque seulement aux adeptes que la répétition de ce mot magique leur modèlera utilement l'âme, assurera leur salut, etc. La plupart n'en connaissent même pas la signification exacte (...).
...Tout dépend des effets d'une pratique de ce genre. Un "stylite", réfugié en haut d'une colonne, muré dans son silence, ne dérange personne. A moins que, devenu une "vedette", quelqu'un d'exceptionnel de par ce comportement, il ne suscite des adeptes. Paradoxalement, l'adhérent d'une secte, en se dépersonnalisant, cherche désespérément à exister, fusse-même dans un sacrifice collectif !
...Ces jours derniers, nous avons entendu à
la télévision d'anciens kamikazes palestiniens, dont l'action
avait échoué du fait d'une défaillance technique de leur
matériel, témoigner. Leurs visages reflétait une sorte
de paix intérieure, de calme, de sérénité.
- Referiez-vous un tel geste ?
- Dieu seul a la réponse.
...Réponse significative. C'est comme si l'individu répondait "pourquoi me demandez vous d'exprimer un sentiment, une opinion, alors que j'ai, au plan de mon individualité, cessé d'existers ?"
...Le public comprend mal cette étanchéité de la pensée. Ne dit-on pas que quelqu'un s'est "blindé" ? Pour le fanatique, tout ce qui n'émane pas de sa "cellule", de son groupe, de son ou de ses leaders religieux ne peut être que mensonger, manipulateur. Mentalement il récite des phrases de son livre saint, intréprétées par ses maîtres à penser, des mots-d'ordre, des mantras, des phrases du Petit Livre Rouge, pour faire barrage à cette pensée "perverse". Edgar Morin parlait de cette étanchéité des communistes Français, après la guerre de 39-45 quand parvenaient des nouvelles concernant des pogroms, des camps d'internements, des goulags, des purges, des déportations massives. Rien de tout cela ne pouvait être vrai. Cela ne pouvait être que "pures inventions de la presse bourgeoise".
...Une autre idée à garder en tête est un "effet boule de neige". Le nombre démultiplie le phénomène, quasi exponentiellement. On l'a vu avec le Nazisme. Beaucoup d'intellectuels Européens s'amusaient des pantalonnades du jeune parti Nazi et des grandes démonstrations de ce ridicule "Monsieur Hitler". Tout d'un coup, la mayonnaise a pris et tout s'est mis à basculer, en moins de dix ans. L'inverse est également vrai. Après cette guerre-là, le Nazisme ne s'éteignit pas totalement, mais entra dans une phase de récession, très rapide. Plus personne, Allemagne, n'avait été Nazi, apparemment. C'est ce que René Girard appelle le mimétisme. L'effet est redoutable. Un autre élément du fanatisme, noté par Girard, est l'importance du bouc-émissaire, d'un individu ou d'une ethnie littéralement diabolisée. C'est lui ou c'est elle qui permet au groupe de se "laver" de ses culpabilités, de sa peur, de ses angoisses. Le martyre sacrifié ressoude les communautés. L'individu ou l'ethnie bouc-émissaire focalise l'énergie des individus. Hitler avait très bien su utiliser cela contre les Juifs. Dans les tendances Françaises d'extrême-droite, le "bougnoule" constitue un "pôle idéologique".Quand on ne sait pas trop pour quoi lutter, il est plus facile de lutter contre quelque chose. Du temps du Mac-Cartisme, le communisme avait le visage de Satan. Antérieusement, dans le sud profond, c'étaient les noirs qui fournissaient cette image au Kux Klux Klan. Aujourd'hui, pour les musulmans intégristes, l'Amérique est "le Grand Satan".
Ajout du 11 oct 2001 : Le journal l'Express dans son numéro 1722 du 27 sept - 3 oct 2001 a publié le témoignage d'un fils de SS, qui a préféré rester anonyme. Ce texte, page 100, était intitulé "Mon père, ce SS". Il s'agit d'un Français dont le père, actuellement décédé, s'était engagé à la fin de l'automne 1943 quand le régime commençait déjà à s'écrouler, afin d'aller combattre sur le front Russe, dans la division "Das Reich". Il y eut des milliers de Français, acquis à la cause nazie, qui firent de même en constiituant une "légion" où beaucoup se firent tuer au combat. Dans son témoignage, cet homme parle d'un père "amoureux de Saint-Simon, de Proust et de Theilard des Chardin" et de la réponse que celui-ci lui fit quand il lui demandait pourquoi il s'était engagé dans ce conflit et s'il avait eu peur de mourir : "J'étais un fanatique. cela m'était absolument égal". Après que son unité ait été décimée, il avait pu échapper à la mort et avait été incarcéré à la prison de Fresnes, après avoir été arrêté par les Français. On avait fusillé nombre de ses camarades de combat, fait qui l'avait laissé de son propre aveu, totalement indifférent : "J'avais choisi mon camp, j'étais prêt à mourir". "Tout en lui était lisse. Il n'avait aucun doute sur sa mission. Rien n'aurait pu le faire dévier de sa route. C'était son travail, comme d'autres se rendent au bureau", dit le témoin, son fils.
...Les gens, souvent, fournissent dans leur discours les clefs de leur attitude. Ce SS Français a un jour confié à son fils :
- J'aimais être une brique dans un mur.
...Le symbole est très explicite. Une brique est un élément d'une entité appellée "mur". Considérée isolément, elle n'est pas fonctionnelle, elle est dénuée de signification. Par contre, intégrée dans un mur, elle prend toute sa force. Ainsi la démarche du fanatique procède au départ de son impossibilité à exister en tant qu'individu.Cette situation lui est trop inconfortable. Il ne trouve aucun moyen de s'inserrer dans le monde dans lequel il vit, ni en épanouissant ses propres talents, ni en fondant un foyer, ni en construisant quelque chose par lui-même. Cette vie individuelle lui paraît simplement intolérable. L'existence à travers une entité collective lui paraît être la seule solution et cette démarche d'intégration, qui s'impose à lui comme absolument impérative, passe avant le contenu idéologique ou moral du groupe auquel il adhère. Il est d'ailleurs parfaitement capable d'en changer. Wlilhem Reich, psychologue Allemand, attiré par le mouvement psychanalytique (au passage, mort fou aux Etats-Unis) avait milité dans des groupes communistes dans les années trente. Il avait été surpris de voir avec quelle facilité des cadres du PC Allemand avaient pu subitement devenir des cadres du parti SS, en troquant un "idéalisme" ou un autre, apparemment diamétralement opposé. En fait le contenu idéologique n'était que de peu d'importance. Ce que ces gens avaient recherché avant tout dans ces deux types de structures "c'est à devenir des briques dans un mur". Une telle attitude implique la dissolution de la personnalité. L'homme devient matricule, s'identifie totalement à sa fonction dans l'édifice. Il n'a plus la moindre idée personnelle, n'a plus à faire l'effort d'en acquérir. Jadis, un film fort divertissant : "Fanfan la Tulipe", avait été produit, Gérard Philippe en partageant la vedette avec la plantureuse et espiègle Gina Lollobrigida. Dans le scénario, Fanfan s'engageait dans l'armée pour être plus près que la belle de ses pensées, fille d'un sergent recruteur. Lors de cettee scène de l'engagement, Fanfan entendait le boniment du sergent, qui disait essentiellement :
- Si vous voulez ne penser à rien et que le roi s'en charge pour vous ....
...Cette phrase m'avait frappé. Elle peut être déclinée dans n'importe quelle idéologie ou mouvement de fanatiques. On pourrait tout aussi bien dire :
- Si vous voulez ne penser à rien et que (Hitler), (Staline), (Mao), ( L'ayatollah de service), (Le Gourou) s'en chargent pour vous...
...Tout cela est interchangeable. Le contenu idéologique ou religieux, les buts poursuivis sont sans importance, seule l'adhésion, la fusion dans le groupe compte. La brique perdue dans le mur n'a plus à s'exprimer en tant qu'individu, démarche qui lui avait jusqu'ici semblé si pénible, insoutenable. Le SS obéit aux ordres, c'est l'essentiel. Le fanatique de Chine Populaire, au temps où Perrefite l'avait si bien décrit dans son livre "le jour où la Chine s'éveillera", répond comme un automate en dévidant un "citation du président Mao". L'intégriste citera tel verset du Coran, modulo l'interprétation qui lui a été fournie. Mais, le plus souvent, il ne se sent nullement tenu de répondre, car là n'est pas sa fonction. Une inscription peut figurer sur un mur, dont une brique ne portera qu'un fragment, ou même rien du tout. Ainsi, questionnée, la "brique" ne pourra quie répondre "lisez ce qui est écrit sur le mur auquel j'appartiens". Pour cette "brique" l'essentiel n'est pas l'inscription, c'est le fait d'apartenir à un mur, d'être "conforme à quelque chose, à un modèle, de se fondre dans un groupe, de se dissoudre dans une idéologie, dans une croyance aveugle. On comprend parfaitement l'expression "on a l'impression de s'adresser à un mur". Stricto sensu, c'est exactement ce qui se passe quand on tente de discuter avec un fanatique.
...Tout ce qui tend à dissoudre la personnalité des individus, leur sens critique, leur recul face aux situations est potentiellement dangereux pour eux et pour les autres. Ainsi, il n'y a aucune différence entre une secte, un mouvement politique totalitaire, un courant religieux où se sont développés le fanatisme et l'intolérance.
...Cette intégration d'une "brique dans un mur" peut déboucher sur plusieurs effets. Dans des sectes, le but peut-être prosaïquement l'escroquerie, l'exploitation d'une masse d'adhérents par une oligarchie, exploitation financière ou sexuelle, voire les deux à la fois. Nous avons parlé de mur. On pourrait préciser en évoquant un édifice constitué d'une voûte. Le gourou, le leader, le chef spirituel devient la clef de voûte. Elle non plus n'existe pas isolément, ne tient qu'en vertu des forces concourantes, qu'elle oriente elle-même, dont elle est le point focal et qui lui sont communiquées par les pierres de l'édifice. A sa manière, la "clef de voûte" perd aussi sa personnalité, son individualité. Elle n'est plus qu'un élément de la structure qu'elle a à la fois crée et qui l'a "portée au sommet". Le leader crée le groupe et le groupe crée le leader. Chacun valide l'autre. Si le groupe se disloque, le leader perd toute légitimité, cesse de jouer un rôle de résonateur. Si la clef de voûte disparaît, l'édifice se disloque. Le tout est plus que la somme des parties. Une protéine est beaucoup plus que la somme des atomes qui la constituent. Disloqué, désorganisé, l'ex-édifice devient méconnaissable. Si le "message" véhiculé par tel édifice, tel groupe pouvait être assimilé à une inscription apposée sur un mur ou par la forme même de l'édifice, lorsque celui-ci se disloque, le message cesse de devenir lisible. Il alors alors inutile de questionner individuellement, briques, pierres ou gravats, puisque l'ensemble de l'édifice faisait sens. C'est la raison pour laquelle on a toujours été si surpris de la disparition si subite du discours de groupes qui auront pu exercer une pression très importante sur l'histoire, après leur désintégration (le mot devant ici être pris à la lettre). Il ne s'agit pas simplement d'un reniement, mais de la perte de la faculté de s'exprimer. Seul l'ensemble faisait sens.
...Les comportements des "briques" peuvent être variés. Leur fonction peut être de servir de harem à un Gouru, de collecter des fonds pour la secte, mais aussi de participer à un puissant mouvement expansionniste (nazisme, intégrisme islamique), s'exerçant de la manière la plus violente possible. Le thème du commando suicidaire peut alors faire partie de la "mission", puisque l'intérêt individuel, l'instinct de conservation ont été totalement annhilés. Il n'y a aucune différence entre le comportement de ce nazi Français, cité plus haut, désigné pour partir sur le front Russe à une époque où tout était déjà joué, ce qui équivaut à une mission-suicide, et celui d'un des membres du groupes ci-après :

Un commando suicide du Hezbollah défilant au Sud Liban en février 1997.
...Les Américains semblent n'avoir rien
vu venir. Ou plutôt, s'ils ont eu quelques messages, émanant de
gens qui risquaient probablement gros à les leur communiquer, ils ont
trouvé cela trop énorme pour être cru. Au moment de la guerre
du Golfe, nous avons eu des informations, d'origine invérifiable, évoquant
l'existence de commandos Irakiens, présents sur le territoire des USA,
prêts à se livrer à des actes de guerre bactériologique.
Avec le recul, était-ce si fou que cela ?
...Les Etats-Unis croient au dieu de la technologie.
Ils écoutent des millions de communications téléphoniques,
à distance. Il semble que les opérations récentes aient
été montées par des gens qui ont peut être simplement
évité de se téléphoner. Or, communiquer sans téléphone,
pour un Américain, c'est difficilement imaginable. Les bonnes vieilles
techniques d'il y a un demi-siècle, consistant à donner ses consignes
en passant des annonces dans des journaux, ont totalement pris de court l'homo-technologicus.
Après les attentats de Nairobi, des frappes par missiles de croisière
ont été opérées. Etaient-elles justifiées
? Apparemment, rien n'était évident. D'où une critique
opérée par de nombreux spécialistes sur la manière
dont les Américains collectent du renseignement. Et ceux-là de
dire "rien ne vaut le contact direct".
...Mais peut-on croire à ce qu'on considère
a priori comme impossible ? Revenons en arrière. Se souvient-on de la
stupeur des Américains, découvrant l'ampleur des réalisations
Sovoétiques dans le domaine spatial ? La presse Française de l'époque
évoquait "un carburant miracle". Mais non : les fusées
étaient d'emblée énormes, parce que les Russes avaient
beaucoup plus de chemin à faire que les Américains pour atteindre
leur territoire. La "conquête spatiale" Russe n'a été
que la retombée civile des projets stratégiques militaires Soviétiques.
Actuellement, les Chinois développent les fusées très importantes.
Même motif, même punition. Ils sont "loin de tout et de tous".
C'est la raison pour laquelle, pour camoufler leur projet d'équipement
stratégique ils se sont découvert une furieuse envie d'aller installer
une base sur la Lune. Je me souviens encore, quand j'étais enfant, de
ce que les scientifiques Français et en général occidentaux
disaient des Russes, avant que tout cela n'éclate (en particulier leur
première bombe A). Beaucoup les croyaient incapables de rivaliser avec
la technologie occidentale ("si ce n'est en matière de biologie,
peut-être.."). La surprise fut brutale. Les soviétiques pensaient
différemment. Semiorka a un taux de réussite de 99,7 % . Or c'est
un incroyable bricolage, dû au génial Korolev. Pendant que les
Américains ébauchaient, dans leurs bureaux d'études, les
fantastiques moteurs de la future fusée Saturn V, en étant confrontés
à de redoutables problèmes d'instabilités de combustion
dans des "coquetiers" aussi importants les Russes assemblaient des
dizaines de moteurs, fiables, en bas de leurs engins. J'ai été
ingénieur d'essai de fusée, alors je connais un peu la question.
Semiorka était trapue, plus rigide que ses équivalents Américains.
Chez les Russes, le rustique était aussi le fantastiquement astucieux.
Témoin le système de suspension et de largage des fusées,
sans dispositifs sophistiqués ni vérins, simplement à cause...
de la gravité.
...Les occidentaux auraient grand tort de sous-estimer
les aptitudes des pays Arabes à assimiler, à récupérer
les technologies occidentales, ou simplement à court-circuiter ces technologies,
en agissant ... autrement. Quand ces cabines d'avions ont été
investies, on s'est demandé : "comment ont-ils fait pour amener
à bord des armes ? Etaient-ce des pistolets en plastique ? Même
pas. Trois hommes décidés peuvent se rendra maîtres d'un
avion avec des ... cutters. Il fallait y penser. Qui aurait prévu une
chose pareille ?
Le kamikaze, qui a d'emblée décidé de mourir, et qui ne
respectera personne, aucune vie humaine, n'a besoin de rien. Le tout est de
réussir à contraindre les pilotes à ouvrir la porte, en
égorgeant les hôtesses, les unes après les autres.
- Je vous en prie, Mike, ouvrez, ils vont me tuer......
...Il existe des manuels de psychologie centrés
sur les prises d'otages. Tout le monde sait "qu'il faut établir
un contact, parlementer, négocier, user les nerfs de l'adversaire".
Mais personne n'a pensé à écrire un manuel de psychologie
destiné aux gens embarqués dans une opération kamikaze.
...Rappelez vous la guerre du Japon. Les Américains
n'avaient pas prévu les kamikazes. Leur première attaque fit des
ravages. La bombe A stoppa le phénomène. Entre les Japonais et
les Américains : une incompréhension mutuelle. Avant l'attaque
Japonaise, le Japon s'arme, s'enfle démesurément, se militarise.
Les Etats-Unis réagissent avec un embargo, en se disant : "les Japonais
n'ont pas de matières premières. Ils sont fichus....."
...Et c'est Pearl Harbour, pas prévu du
tout, pourtant logique chez un peuple qui préfère mourir que de
perdre la face. Du côté Japonais il exista peut-être la même
inconscience :
- Si nous attaquons par surprise, sans préavis, et que nous envahissions toutes l'Asie, les Américains n'oseront pas se risquer si loin de leur territoire.
...Erreur, les yankees opérèrent une reconquête, île par île. Le Japonais n'avaient pas non plus prévu la bombe atomique. Les Américains emportèrent la reddition de l'Empire du Soleil Levant à l'aide d'un bluff.
- Nous vous donnons quarante huit heures pour vous rendre, sans conditions. Sinon nous détruirons une de vos ville chaque jour.
...Faux, ils n'avaient pas de bombes A en réserve. Mais le bluff fonctionna. Il y eut aussi, côté Américain, l'intelligence de comprendre qu'il ne faudrait pas toucher à la personne de l'empereur, en tant que symbole divin. Traduire Hiro-Hito en justice, le pendre comme un vulgaire criminel de guerre, comme on le fit avec des responsables Allemands à Nurembreg eût peut être été une erreur magistrale qui ne fut pas commise. Et pourtant, cela n'avait rien d'évident.
...Hitler ne pensait pas, dit-on, que les USA entreraient en guerre. Pourtant ils étaient intervenus, en 14-18. Il croyait aussi conquérir la Russie "en quelques semaines", mais il y eut Stalingrad, où se retrouvèrent bloqués des soldats Allemands en tenue d'été. L'histoire est pleine d'erreurs, de coups de dés, ratés ou réussis. Kennedy gagna un pari dangereux, avec l'affaire des missiles Russes implanté à Cuba. Mais l'opération de la "baie des cochons", dans cette même île, fut un échec, lié à une mauvaise évaluation de la situation.
...Les Américains comprennent-ils la géopolitique planétaire ? Ne sont-ce pas eux qui ont armé les Talibans, pour mettre les Russes en difficulté, sur ce terrain-là ? Or il est possible que l'addition à payer se révèle aujourd'hui exorbitante. Inversement, Schwarzkoff, après le rapide effondrement des troupes Irakiennes, était prêt à marcher sur Bagdad pour capturer Saddam Hussein, fut stoppé net dans son élan, sur ordre présidentiel. Parce que Saddam, à tout prendre, était peut être un meilleur rempart contre l'Iran qu'un fantoche installé par les Américains et soutenu par eux.
21 sept 2001 : Suite à une remarque d'Alexandre
Berube, ingénieur Canadien : Clui-ci dit que les Américains
n'auraient pas dès le départ armé les Talibans, mais que
leur aide s'est portée vers les "Moujahidins", dès 1997,
dans leur lutte anti-soviétiques. Il souligne également la versatilité
des Américains, tant en politique extérieure qu'en politique commerciale.
C'est sa vision du système Américain en général.
Dans une émission d'Arte d'hier nous avons appris que l'Afganistan était
un des plus puissants producteurs de drogue, en particulier d'héroïne,
au monde.
...Dans ce texte, il est possible qu'il y ait des erreurs, éventuellement nombreuses. Je ne peux me fonder que sur des expériences personnelles, toujours subjectives, et sur ce qui m'est transmis par des medias, toujours sujet à caution. Je ferai mention de toute information, d'où qu'elle vienne. science@jp-petit.com . Je parle évidemment d'informations ou de remarques apportant quelque chose de concret, non de l'expression de simples opinions. Mon site n'est pas un forum.
...Le général Massoud est mort.
Fantastique opération : deux faux journalistes se font exploser avec
leurs caméras de télévision. Rendons-leur cette justice
: l'imagination des terroristes est extraordinaire. Après les évènements
récents, tout devient possible. Inversement, comment les intégristes
musulmans osent-ils s'attaquer à un peuple qui fut le premier, et le
seul, à utiliser par deux fois une arme nucléaire ? On les entend
dire : "les Américains sont des lâches" (....).
La réponse "musclée" semble insoluble, inappropriée.On
remarquera en tout cas une fait historique sans précédent, du
moins dans notre histoire moderne : Bush a tous pouvoirs. De plus il dispose
d'un "crédit" de plusieurs milliers de morts innocents. En
outre, aucune puissance au monde n'est en mesure de menacer les USA, militairement,
d'autant plus qu'il existe de fortes présomptions pour que les Etats
Unis disposent d'un arsenal qui va "très au delà du nucléaire".
Ayant maîtrisé le problème des armes de 4° génération,
de très faible puissance et encombremement, en utilisant de l'antimatière
stockée dans des cristaux comme détonateur, il est possible qu'ils
soient capables de pulvériser massivement n'importe quelle région
du globe, sans créer d'hiver nucléaire, avec une grappe de mini-bombes
de la taille d'uine balle de golf. On voit mal les Russes prendre la défense
des .. Afghans. Les Chinois ne sont pas prêts à peser sur le sort
du monde. L'évènement médiatique le plus surréaliste
a sans doute été de voir les Ayatollah Iraniens "condamner
la violence".
...Que se passe-t-il sur cette planète
? On pourrait appeler cela le début de la troisième guerre mondiale,
sous une forme que, comme d'habitude, personne n'avait été capable
d'imaginer : une guerre... de religion, utilisant le terrorisme, "l'arme
nucléaire du pauvre". Comme d'habitude, personne n'avait été
capable de prévoir l'ampleur d'un tel phénomène. Il n'est
pas sûr que les Américains comprennent réellement à
quoi ils ont affaire.On peut douter qu'ils aient perçus qui sont les
véritables tireurs de ficelles de toutes ces opératioons : le
Mollah, les Ayatollah, le véritable pouvoir intégriste, qui est
de nature essentiellement religieuse. Les occidentaux réagissent aussi
avec leur culture et leurs lois. Bush parlait de "traduire des coupables
en justice". Or les intégristes obéissent à une autre
loi : la charria. Deux mondes situés à des années-lumière
l'un de l'autre sont confrontés. La misère, les frustrations,
les inégalités ont jeté des millions de gens dans les mains
d'intégristes fanatiques, schizophrènes "recevant leurs ordres
de Dieu". D'un autre côté les occidentaux, et au premier chef
les Américains sont incapables de comprendre le sens même des mots
"injustice", "inégalité", qui sont l'essence
même de l'idéologie, des théories économiques de
la libre concurrence et de la libre entreprise. Les uns revendiquent, sont dévorés
par la haine, fille du désespoir, les autres sont prêts à
dispenser une "charité", sans se rendre compte qu'il est urgent
que l'espèce humaine commence à se percevoir comme une entité
globale et non comme un patchwork de nationalités. Beaucoup de pays occidentaux
ont aboli la peine de mort, alors que priver des gens de nourriture, de médicaments,
leur interdire le recours aux mesure anticonceptionnelles, c'est déjà
les condamner à mort.
...La guerre est déclarée. Cela signifie
qu'elle prendra aussi une tournure économique. Les économies occidentales
sont fragiles. Le pétrole reste un tendon d'Achille. Tout sera mis en
oeuvre pour déstabiliser l'adversaire, pour susciter dans les pays occidentaux
les désordres sociaux qui accompagneraient immanquablement une forte
récession au plan économique et un décuplement du chômage,
lequel exacerberait les manifestations des groupes d'extrême droite et
jetterait éventuellement les musulmans résidant en France dans
les bras d'intégristes venus d'une Algérie déjà
en pleine décomposition et parfaitement capable de jouer un rôle
de "base arrière".
...Inversement, les pays riches sont encore incapables
d'envisager une globalisation des problèmes de la planète. La
Mondialisation, de même que de grandes idées comme "L'Europe",
chère à Robert Schumann, sont des mondialisations et des Europe
de riches, conçues dans l'intérêt de ceux-ci et non dans
l'intérêt des populations. Ce sont des projets de nature essentiellement
capitaliste. Les concurrences entre pays permettent une pression sur les salaires
et un décuplement des profits. A l'échelle des entreprises les
gros dévorent les petits.
...Comment un Américain, champion du "laisser-faire", cher à Reagan et à Tatcher, pourrait-il imaginer qu'il en soit autrement ? Sa moralité, naïve, se confond avec cette vision du monde. Au mieux, dans les pays riches, envisage-t-on des actes caritatifs, alors que les problèmes sont infiniment plus graves.
...Est-il possible de dire quelque chose qui ne soit pas complètement idiot à propos des évènements récents ? L'âge de toutes les violences n'est pas prêt d'être révolu. Dans quelques années de vastes régions de la planète (sinon sa quasi-totalité) se retrouveront peut-être dans une situation à côté de laquelle la guerre de cent ans ressemblera à une vaste plaisanterie. Le chaos économique et monétaire est à nos portes. L''incompréhension planétaire est plus exarcerbée que jamais. En Israël, Juifs et Arabes règlent des comptes de plus de deux mille ans. Les Américains, quant à eux, doivent se percevoir comme des victimes totalement innocentes, alors que leurs twin towers, outre le fait d'abriter d'innocents courtiers et de braves mères de famille travaillant comme secrétaires étaient quand même (aussi) la forteresse de tous les J.R.Ewing. Dans l'esprit de l'Américain moyen, le Trade Center, c'était le colosse de la libre entreprise. Un colosse. aux pieds d'argile, apparement. Du Pentagone est aussi parti l'ordre de se débarraser du libéral Allende, qui avait fait l'erreur de recevoir Castro chez lui. Par la suite "en faisant discrètement disparaître quelques milliers de personnes" grâce à ses escadrons de la mort, Pinochet a débarrassé le Chili des "communistes" et les Américains, en retour, ont financé un essor économique sympathique. C'est la "Pax Americana".
...En 66 après Jésus-Christ, les Juifs se révoltèrent une dernière fois contre les Romains. La fantastique machine de guerre Romaine se mit en branle. Elle assiégea Jérusalem, qui tomba. Les Juifs avaient toujours été persuadés que seul Yaweh décidait du sort des armes. Les Romains, méthodiques, après avoir atteint le dernier bastion que constituait le temple, se mirent à démolir la forteresse Antonia, qui se dressait en périphérie (et qui avait abrité la garnison avec laquelle ils surveillaient les activités des Juifs, en contre-bas). Puis ce fut l'effrondrement. Au moment où les Romains avançaient vers le lieu le plus sacré pour les Juifs, les prêtres faisaient des sacrifices, dans l'enceinte du temple (que les Romains rasèrent par la suite), espérant un miracle de dernier moment.

La prise du temple de Jérusalem (extrait de la Bible en BD de J.P.Petit)
...Il restait la forteresse Zélote de Massada,
jugée imprenable. Les Romains l'assiégèrent. Ils crucifièrent
su le mur de circonvallation tous les juifs qui tentaient de s'en échapper.
Puis ils construisirent une rampe de quatre cent mètres de long, qui
leur permit de monter leurs béliers protégés des coups
de l'ennemi à hauteur de muraille.
Construction de la rampe d'attaque de Massada (extrait de la Bible en BD de J.P.Petit)
...Alors les murs tombèrent. Les milliers de Zélotes retranchés se suicidèrent jusqu'au dernier, ce qui tendrait à prouver que la religion, en tant que moteur stratégique, ça ne marche pas à tous les coups. Les Américains sont loin d'être un peuple "dégénéré". Ils sont perplexes mais jeunes et combattifs. La façon dont ils font bloc est spectaculaire. .
...Ceci étant, les capacités de destruction accumulées, la dissémination des armes nucléaires (Inde, Pakistan, Israël et peut être dans des pays Arabes, sous forme d'armes de terrorisme), la dissémination des armes biologiques et chimiques, font que la donne a totalement changé, vis à vis de 39-45. De même, en 39, personne ne s'attendait à une guerre mondiale, à cette échelle. La notion même de "front" tomba complètement. En réfléchissant, la planète sur laquelle nous vivons a-t-elle les moyens de s'offrir une troisième guerre mondiale ? Est-ce bien raisonnable ? On peut en douter, quelles que soient les motivations des uns et des autres. Le coût d'une telle opération risque d'être sans le moindre précédent historique qui puisse lui être comparé. Nous, Européens, vivons peut-être, comme en 1939, pendant "la drôle de guerre" une situation "d'avant guerre" quasi-suréraliste. Le monde entier est peut être au bord d'un embrasement Apocalyptique.
...Une meilleure option, comme disait Luztiger, un Juif devenu Chrétien, serait "que change le coeur des hommes". Ceux-ci en sont-ils capables ? La misère et (ou) le fanatisme ont mangé la cervelle des uns. L'aveuglement règne chez les nantis, qui refusent de prendre conscience des injustices criantes, d'envisager qu'ils puissent porter une quelconque responsabilité. Dieu existe-t-il ? Si oui, je crois qu'on va avoir besoin d'un sacré coup de main.
..................................................................................................................................;14 sept 2001 Jean-Pierre Petit
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