Cohn-Bendit, grand visionnaire des temps modernes

20 juin 2005

Mises à jour :
- 26 mai 2006, sur la Chine
-10 août 2007, même sujet

Il y a quelques jours je suis tombé sur une interview de Daniel Cohn-Bendit, sur Antenne 2.

 

Daniel Cohn-Bendit, 60 ans, 18 ans en 1968, 37 ans de politique, député des "verts"

 

La journaliste qui l'interviewait lui a montré un dossier préparé par sa rédaction. La chaîne était allée enquêter en Pologne, dans une entreprise "française", délocalisée en 1997. Le jeune pdg racontait que lorsque la production de fil et de draps de lin était devenue trop peu rentable en France comment il avait délocalisé son entreprise en Pologne, en engageant 400 ouvriers et ouvrières polonais. Il avait amené ses capitaux, ses machines, et était reparti avec des charges salariales six fois plus faibles.

Jusqu'ici, ça tournait et son entreprise avait pu devenir la troisième productrice de lin. Mais voilà que les Chinois se mêlent de la partie en cassant les prix. En plus, précise le jeune pdg, avec des salaires moitié de ceux des Polonais, ils ne jouent pas le jeu. Ils vendent à prix coûtant, et peut-être même à perte, pour s'emparer du marché à l'échelle internationale. Normal, dit le pdg, ce pays vit sous une dictature. En fait les Chinois, s'ils cherchent à faire bouffer leur population, ce qui est tout à fait compréhensible sont aussi "en guerre économique". Il y a eu des précédents. Les USA ont fait s'écrouler l'URSS en la contraignant à maintenir la parité au plan militaire, dans un pays où on ne pouvait pas s'offrir à la fois "le beurre et les canons". Ils ont gagné la première guerre sans qu'un coup de feu ne soit tirée.

Les Chinois peuvent aligner des salaires au plus bas pour des tas de raisons. Chez eux les syndicats sont inexistants, interdits. Il n'y a pas non plus de cotisation pour la retraite. Pour un Chinois, la retraite c'est ... manger demain. Si vous évoquiez ce concept ils vous regarderaient sans doute avec des yeux ronds. En Chine, l'avenir est "confié à la discrétion des entreprises privées".

Pour la conquête des marchés, tout est bon. Vendre à prix coûtant ou à perte "c'est de bonne guerre", même si cette conquête des marchés amène chez les voisins des troubles sociaux auxquels leurs gouvernements se préparent activement, y compris le nôtre.

Quand les Chinois se sont ainsi "positionnés sur le marché", les commandes de cette entreprise "française" ont chuté immédiatement de moitié. Le pdg français a donc licencié la moitié de ses employés polonais, en respectant bien sûr les lois en vigueur en Pologne. Je ne suis pas sûr qu'il y ait là-bas de primes de licenciement, ni de cotisations à la retraite, ni même de revenu minimal d'insertion ( mesures totalement absentes en Chine ). Notre jeune pdg s'est plaint à la commission européenne qui, selon ses propres dires, a réagi "en traînant les pieds". Ca a pris quatre mois pour que des mesures protectionnistes soient appliquées, mais seulement sur le fil de lin, pas sur les vêtement. Il a pu ainsi réembaucher quelques employées.

Ces braves ouvrières Polonaises, interviewées, se montraient un peu amères :

- Nous, on avait voté pour l'Europe, pour la constitution, en pensant qu'on seraient protégées.....

C'était à Cohn-Bendit de répondre, lui qui n'a jamais fait autre chose dans sa vie que de la politique depuis 37 ans. Il n'est pas le seul. Chirac et Giscard non plus n'ont jamais mis un doigt de pied dans le monde du travail. On peut se demander alors à quoi servent les hommes politiques. En fait, ils ont des idées que nous n'avons pas. Chacun son métier. Les salariés créent les problèmes, les politiciens trouvent les solutions.

L'Allemand s'est aussitôt exclamé :

- Ben, il faut savoir ce qu'on veut ! Les Chinois on leur vend 80 Airbus et 120 TGV !

A travers cette remarque, frappée au sceau du bon sens, on découvre la solution :

Les ouvrières polonaises débauchées par leur entreprise française délocalisée doivent tout simplement se mettre à fabriquer des Airbus et des TGV

Simple, encore fallait-il y penser.

Mais cette solution n'est que provisoire. Que ferons-nous quand les Chinois, déjà capables de mettre un homme dans l'espace et de construire le bateau qui achemine vers Toulouse les pièces de l'Airbus ( construites en Irlande, pays à faibles charges sociales et à impôt sur les sociétés quasi-inexistant ) se mettront à fabriquer des avions long-courriers et des trains à grande vitesse et à les vendre. Qu'est-ce qu'on leur vendra alors ?

Le libéralisme à fond les manettes c'est :

Après moi le déluge


A la vitesse à laquelle cavalent les Chinois, dans moins de dix ans, selon moi.


26 mai 2006 : Un an après la Chine accueille la première chaîne de montage Airbus.

 

Agence France Presse. 26 mais 2006


TIANJIN (AFP) - Airbus s'apprête à désigner le port chinois de Tianjin, au sud-est de Pékin, comme le siège de sa première chaîne d'assemblage hors d'Europe, ce qui érigerait la Chine en partenaire industriel privilégié de l'avionneur européen.
Le constructeur aéronautique et les autorités chinoises, qui doivent encore s'accorder formellement sur ce choix, devraient annoncer leur décision "dans une dizaine de jours", a indiqué à l'AFP le président d'Airbus Chine, Laurence Barron.

 

Airbus 320

 

Selon plusieurs sources concordantes, les deux parties ont finalement tranché en faveur de Tianjin (nord de la Chine) afin d'accueillir l'éventuelle future chaîne d'assemblage de monocouloirs A320, l'appareil le plus vendu de la gamme Airbus.

Outre Tianjin, trois villes étaient en lice pour ce projet: Shanghai (est), Xian (nord-ouest) et Zhuhai (sud).

Le développement de Tianjin, parfois baptisé "port de Pékin", et de sa zone économique spéciale (TEDA) fait partie des priorités du gouvernement chinois depuis quelques années. Plus de 4.000 entreprises étrangères y sont établies.

Le choix d'un port simplifiera la tâche puisqu'Airbus compte utiliser la voie maritime pour amener les morceaux d'appareil fabriqués en Europe ( sur un bateau déjà fabriqué par la Chine, amenant à Toulouse les éléments fabriqués en Irlande. A terme il faut imaginer que les Chinois construirons ces bateaux ... en série ) . Des coûts élevés en perspective, qui seront compensés par une main-d'oeuvre bon marché et la fiscalité avantageuse accordée aux investisseurs étrangers.

Le choix de Tianjin marquera une nouvelle étape dans l'étude de faisabilité en cours chez Airbus, qui doit décider d'implanter ou non une ligne d'assemblage en Chine d'ici septembre. Le président français Jacques Chirac, attendu à Pékin en octobre, pourrait s'en réserver l'annonce.

Si son implantation est confirmée, cette ligne d'assemblage, la troisième d'Airbus avec Toulouse (France) et Hambourg (Allemagne), sera destinée à produire quatre A320 par mois et devrait employer environ 600 personnes, selon M. Barron.

Mais "le choix de la ville n'est qu'une décision parmi d'autres. Il nous faut encore régler des points fondamentaux", souligne le président d'Airbus Chine.

L'avionneur entend notamment conserver la majorité dans la future coentreprise. Airbus veut également éviter autant que possible de transferts incontrôlés de technologies, alors que la Chine affiche des ambitions grandissantes dans l'aviation civile avec son programme d'avion de 100 places, l'ARJ-21.

On peut toujours rêver.....

Mais Pékin a imposé des règles claires: la conquête de son marché passe par des partenariats industriels susceptibles de développer sa propre industrie.

L'enjeu est majeur: l'Empire du Milieu, où le trafic aérien affiche des taux de croissance près de deux fois supérieurs à la moyenne mondiale, aura des besoins en avions neufs compris entre 1.600 et 2.600 unités sur 20 ans.

Airbus, qui veut s'arroger en Chine 50% de parts de marché d'ici 2013 face à Boeing (NYSE: BA - actualité) , contre 34% aujourd'hui, a donc décidé de jouer le jeu.

Au-delà du projet de ligne d'assemblage, le constructeur, qui compte déjà plusieurs sous-traitants locaux, a l'intention d'octroyer aux industriels chinois 5% de son programme de long-courrier A350.

Airbus a également ouvert en 2005 un centre de recherche à Pékin.

Et "pour l'avenir, nous souhaitons voir la Chine participer à hauteur de 10% à un programme futur", a déclaré jeudi M. Barron, en évoquant "le remplacement de l'A320 dans une dizaine d'années".

"Nous passons d'une relation commerciale à un véritable partenariat économique. La Chine est en train de devenir un pays Airbus", a conclu vendredi le ministre français des Transports Dominique Perben, en visite officielle à Tianjin.

 

Mon commentaire :

Je crois que ces gens se font des illusions en s'imaginant qu'ils vont "s'emparer du marché Chinois". Les Chinois manient très adroitement la concurrence entre les différents avionneurs en effectuant leur choix en faveur de celui qui consentira le plus fort transfert de technologies ( et cette stratégie qui est la leur est à l'oeuvre dans tous les domaines technico-industriels ). Comme on l'a vu, il y en a toujours un qui craque et qui consent ce transfert de technologie pour "emporter le marché, vis à vis d'un concurrent", sans se rendre compte ..; qu'il recule pour mieux sauter, qu'il donne à un autre la scie pour scier la branche sur laquelle il est assis. Là c'est Airbus qui, pour passer devant Boeing a accepté de jouer le jeu". Les Chinois ont du sourire. Ils marquent ainsi des points, inexorablement, dans tous les domaines techniques sans exception. Ils savent très bien que le temps travaille pour eux. Les Occidentaux ont une vision fausse des ambitions chinoises que les dirigeants du pays tentent de cacher du mieux qu'ils le peuvent.

Aux échecs il y a une situation que les spécialistes désignent par un mot allemand : le zugswang. C'est une configuration échiquéenne où c'est à un des partenaires de jouer. Sa situation est acceptablement bonne. Mais, quel que soit le choix qu'il faut, quel que soit le coupe pour lequel il opte il affaiblit sa position.

Une partie d'échec implacable ( on pourrait dire "une partie de go" ) se joue entre les Chinois et le reste du monde. Les Occidentaux sont en zugswang dans tous les domaines. Si un des deux grands avionneurs mondiaux ne consent pas à opérer un transfert de sa technologie il perd le marché. Et s'il "joue le jeu", à terme....

Le Japon s'est aussi montré lui aussi en son temps très "accueillant" vis à vis des technologies occidentales. Mais ce qui rendra à terme les Chinois beaucoup plus redoutables c'est une créativité qui fait défaut aux Japonais. Comme les Chinois les Japonais sont organisés, méthodiques, pragmatiques, agressifs. Mais il leur manque ce "rêve chinois" qui a fait que ce peuple a inventé tant de choses, de l'écriture à la poudre à canon, en passant par l'imprimerie.

Il fut un temps où la Chine était d'une arrogance planétaire. Elle pensait tout détenir, tout savoir, n'avoir rien à apprendre des autres peuples, ni même rien à gagner de nouer commerce avec eux. C'est le reliquat de cette morgue légendaire qui mit la Chine du 19° siècle dans un état de complète infériorité quand elle se retrouva face aux canionnières occidentales, elle qui avait inventé la poudre de leurs obus. Mais la Chine de Deng Tsiao Ping a su adopter " le profil bas " et rattrappe son retard, engrange tous les savoir-faire technologiques. Gare au retour.

Qu'ils le veuillent ou non les Occidentaux, y compris les hommes politiques continuent de percevoir les Chinois comme du temps où tous s'habillaient avec des vareuses kaki et des "casquettes Mao", frappées de l'étoile rouge, et au temps où le Grand Timonier recevait ses visiteurs dans des fauteuils style Galeries Barbès années cinquante. Les Occidentaux semblent "découvrir" ce qui est en fait un mouvement puissant initié il y a plus de vingt ans par Deng Tsiao Ping, véritable génie. C'est est fini des déclarations fracassantes à propos des "Tigres de papier" et du culte de la personnalité, auquel Deng a donné un coup de grâce. A telle enseigne que ... vous ne sauriez même pas donner le nom du " premier des Chinois ".

La Chine a mis la pédale douce en matière de politique étrangère "anti-imérialiste". Elle opère actuellement une expansion silencieuse, à l'échelle de la planète, dont peu de gens mesurent réellement l'ampleur. Elle dissimule même de son mieux l'ampleur de ses dépenses en matière d'armements. J'avais conjecturé il y a un an cette première infiltration chinoise dans la machinerie Airbus. Les journaux écrivent " que la Chine est en train de devenir un pays Airbus ". Quelle erreur, quelle illusion ! Un jour c'est " le monde entier qui sera constitué par une constellation de pays satellites de la Chine".

Cette même illusion s'est emparée d'Eurocopter qui va également " coproduire un hélicoptère avec la Chine ". Face à cela j'aurais tendance à dire :

- Quand on dîne avec le diable il faut avoir une longue cuillère...

Simple boutade. Avec l'Empire du Milieu la cuillère ne sera jamais assez longue. La Chine c'est la " marabunta " ( ces armées de fourmis qui, en Amérique du Sud progressent en dévorant tout sur leur passage ), dévoreuse d'emplois et de matières premières, à l'attaque de tous les marchés.

Des Chinois me disent :

- Nous vivons l'ère du capitalisme sauvage, comparable à ce que vous avez vécu au début de ce siècle. Mais tout cela finira par se stabiliser.

Entre temps, toutes nos conquêtes sociales se seront effondrées, pour " rester compétitifs ". La Chine sera la grande gagnante de cette évolution, qui est pour elle parfaitement légitime. Le problème est qu'en face, avec toutes nos divisions, nous ne faisons pas le poids. Le mot-clé de la Chine est le pragmatisme. Les Chinois n'ont plus aucune idéologie. Ils sont sans états d'âme, matérialistes. Vous ne trouverez chez eux nul idéalisme mais un nationalisme puissant. Si vous lisez l'histoire de la Chine vous verrez que les puissances Occidentales se sont très mal comportées. Elle a une revanche à prendre. La " guerre de l'opium ", ça n'était pas rien. Il faudra que je crée un dossier " Chine " avec simplement des éléments d'histoire. Au 19° siècle les pays occidentaux ont attaqué la Chine comme ils s'en sont pris aux pays Africains qu'ils entendaient coloniser. Ils ont réclamé des "comptoirs" pour exercer ce qui n'était rien d'autre que du pillage, en échange " de la diffusion des valeurs occidentales dans un pays arriéré ". Pire encore, ils ont introduit de la drogue dans ce pays, socialement fragile, pour mieux l'affaiblir. C'est simplement monstrueux. Lorsque les Chinois ont brûlé une cargaison d'opium, dans un de leur port, les "honnêtes marchands" qui "exportaient ce produit à l'intention des consommateurs chinois" ont réclamé de la part de leur pays une aide militaire et il en ont bénéficié. Les canonières dont venues à la rescousse des ... trafiquants de drogue !

Cela paraît aujourd'hui inimaginable mais c'est ainsi. A cette époque les Chinois n'ont pas su prendre part au grand bond en avant technologique comme a pu le faire un pays comme le Japon. Ceci est en train de se faire, avec du retard, avec des décennies " d'arriération". Au lieu de se demander pourquoi la Chine se développe actuellement de cette manière, pourquoi elle avale à une telle vitesse la technologie on pourrait au contraire se demande pourquoi, historiquement, elle ne l'a pas fait plus tôt.

Peut-être parce que l'économie libérale est un moteur puissant de "développement" avec son cortège d'injustices criantes. Le cynisme et la cupidité paient parfois ( on peut sourire en pensant à l'ouvrage-clé de Marx : " de l'auto-destruction du capitalisme" ). Il y a aussi que, parfois, des nationalismes s'effondrent, ou ne parviennent pas à se constituer. Quand les Occidentaux ont envahi l'Afrique, celle-ci vivait à un stade tribal. Il fut donc facile de s'en emparer. Si vous regardez la cartes de l'Afrique de l'ouest vous y récouvrirez des pays qui ont été créés par les colonialistes, comme des coins enfoncés dans le territoire afin de conjuguer deux choses : un accès portuaire et un autre en direction des richesses de l'intérieur. Or en fait ces découpages n'ont rien à voir avec les "stratifications ethniques", qui faisaient souvent cohabiter les "peuples de la côte" et les "peuples de l'intérieur". D'où des querelles actuelles violentes. Son manque d'unité ethnique est la grande faiblesse de l'Afrique.

A l'inverse, les Occidentaux, au Japon, se sont retrouvés face à une ethnie plus homogène qui a su constituer un front de défense. Le même phénomène est à l'oeuvre en Chine, à une échelle qui défie l'imagination. A quelques exceptions ethniques près on peut parler de "nation chinoise" ( alors que le mot "nation africaine" n'a aucun sens ). Cette nation chinoise est un géant qui vagit, à côté de "nains". Personne ne peut imaginer les échelles chinoises, qui défient nos imaginations.

Comme évoqué, l''implantation occidentale en Chine a été simplement ... infâme aussi ces gens ne nous feront pas de cadeaux. Ils ne nous agresserons pas militairement, mais si nous effondrons économiquement et socialement, à Pékin ou à Nankin personne ne viendra pleurer sur notre sort.

Les Chinois tentent de dissimuler de leur mieux leurs plans, qui sont extrêmement concertés, planifiés et organisés. On pourrait dire que leur principe est "que les meilleurs gagnent". Mais les meilleurs, ce seront eux. Avec 20 % de leur budget affecté à l'éducation nationale, avec une société ( en attendant que s'opère une éventuelle régression ), où la femme est l'égale de l'homme la masse chinoise représente une armée formidable. La "parenthèse Mao" n'a pas laissé grand chose sur le plan technologique. Mais celui-ci a laissé en héritage une égalité entre l'homme et la femme qui n'a d'équivalent dans aucune autre nation du monde. En Chine les hommes et les femmes sont à égalité de chances au plan des études et du travail, dans tous les domaines. La natalité est contrôlée, les crèches sont partout. La femme chinoise n'est pas une procréatrice ou une assistée comme dans nombre de nos sociétés.

Les Occidentaux sont à mille lieux d'imaginer la qualité des enseignements en Chine. Les Européens ou les Américains, fiers de leurs universités ou de leurs "grandes écoles" imaginent que les universités chinoises doivent ramper au niveau d'universités africaines. Quelle erreur ! En Chine on allie la qualité et l'efficacité, on priorise le technique. Les Chinois savent que, chez eux, le savoir est, sinon un gage, une garantie de réussite, du moins une façon d'accroître leurs chances dans la vie, de les mettre à même de mieux pouvoir saisir un opportunité dans un monde qui se construit comme une foire d'empoigne et où des fortunes rapides peuvent être envisagées, comme au Indes. La Chine et l'Inde peuvent héberger des self made men, pas nos pays vieillissants. Les jeunes Chinois se ruent sur leurs études ( techniques ) au moment même où dans nos pays les jeunes réalisent "que les diplômes ne servent plus à rien" où nos chefs d'entreprises se disent que s'ils produisent des richesses dans leur propre pays, l'Etat leur en prendra la plus grande part pour financer ses gâchis ou .. payer la masse grandissante de ses chômeurs. Les jeunes Chinois se forment, pied au plancher alors que notre jeunesse se démobilise, à juste titre puisque "nous délocalisons".

Savez-vous ce qui est le plus grand sujet de moquerie en Chine, au plan de l'enseignement ?

L'ENA.....

La boutade est " à quoi servent ces gens qui ne savent que parler ?"

Je reviens à ces images que nous pouvons avoir gardé des Chinois : celles des vareuses kaki, les casquettes. Quittez les au plus vite, elles n'ont plus cours depuis longtemps. L'évolution "idéologique" de la Chine reste un mystère sur laquelle devront se pencher un jour les historiens. C'est la nation montante du monde. En fait, toute idéologie semble avoir disparu, sinon celle du pragmatisme. Le Marxisme s'est volatilisé. Personne ne songerait plus à invoquer le célèbre "petit livre rouge" du président Mao. Tout a changé.

- Peu importe la façon dont le chat attrappe la souris, du moment qu'il l'attrappe, avait dit Deng Tsiao Ping

" Ce qui est bon pour l'économie chinoise est bon pour tous les Chinois ". L'argument est imparable. En face nous sommes confus, désorganisés. Nous n'avons aucun projet de développement, de société. Partout c'est la foire d'empoigne, la cupidité à courte vue. Nous voulons aussi nous masquer les réalités. Nos hommes politiques français, toutes tendances confondues ne sont plus que de lamentables vendeurs de vent, dépoyrvus de la moindre idée novatrice ( " Ségolène Royal, elle serait pas mal, non ? ..." ). Personne ne semble vouloir aborder le sujet " Chine " ou " Inde ". L'onde ce choc frappe aussi les pays moins riches : dans le Mahgreb, en Afrique. Tous les groupes d'hommes qui "cessent d'être concurentiels" trinquent. En France, on se retrouve dans la rue. En Afrique, on meurt de faim.

Suite à une remarque d'un lecteur il faut s'empresser d'ajouter que "le miracle chinois" ne touche pour le moment qu'une fraction de la population. Celui-ci me dit que si 200 à 300 millions de Chinois ont atteint un niveau de vie qui peut se comparer à celui des Occidentaux, un milliard, c'est à dire 60 à 70 % de la populaton continue à vivre comme au Moyen-âge. Ces inégalités provoquent des révoltes, durement réprimées, dont la presse ne se fait pas l'écho. Ce "miracle chinois" est aussi localisé, comme par exemple dans le sud-est du pays, où il est concentré près de la bande côtière, au voisinage des interfaces avec l'Occident. Quand on va dans ces régions au développement si spectaculaire il suffit, dit-on, de prendre le train et de s'enfoncer de quelques centaines de kilomètres vers l'intérieur du pays, voire moins, pour retrouver des conditions de vie misérables.

Doit-on conclure que les Chinois sont " les grands responsables de la misère du monde ". Non, mais ils en sont le révélateur. Quelqu'un a écrit "si les Chinois devaient un jour avoir le même niveau de vie que les Américains, alors il faudrait une seconde planète". Au plan de la consommation d'énergie et de la pollution. Les Chinois ont une soif légitime de vivre mieux, mais nous sommes incapables de gérer leurs ambitions. Nos "géants de l'aéronautique" s'imaginent qu'ils vont se développer grâce au marché Chinois. Ils semblent incapables d'imaginer que les Chinois sont capables de tout, y compris de devenir un jour les maîtres de l'industrie aéronautique mondiale. Ils ont la discipline et l'organisation des Japonais, plus une créativité qui n'est pas à démontrer. Perrefitte avait repris cette annonce prophétique :

Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera

La Chine est comparable à un enfant à la croissance tardive. Actuellement l'enfant se développe à vitesse grand V. Il va réclamer la place qui lui revient de droit sur cette planète. Que va-t-il se passer ? Nous n'en savons rien. L'histoire est en marche, c'est tout.

 

 

 

27 mai 2006. Libre expression : Un commentaire à chaud d'un lecteur.

Bonjour Monsieur Petit,

Votre analyse de la société Chinoise est juste mais je pense que c'est la partie émergée de l'iceberg.. Selon moi les dirigeants Chinois sont beaucoup plus stratèges et retors que vous semblez le croire. C'est un peuple patient et rancunier son histoire le démontre. Je ne pense pas un instant que leur vision communiste voir impérialiste s'est envolée mais ils sont en effet pragmatiques. Ils ont tiré des leçons de l'effondrement de l'URSS, ils ont compris que l'économie mondiale pouvait ruiner leur pays et leur système politique ils ont donc décidé de mettre la main sur l'économie mondiale même au risque de ruiner les autres nations...

Ils savent comme d'autres que le meilleur moyen d'affronter un système ce n'est pas l'attaque frontale mais de pousser toutes ses caractéristiques jusqu'à l'absurde pour qu'il s'effondre de lui même.

Il faut bien reconnaître que mis à part quelques ruades de façade toutes les nations du monde sont d'accord pour préserver et renforcer le système économique mondial. Les économies s'appuient les unes sur les autres de sorte que le sort de chacun est lié à l'ensemble même si parfois cela les met à la merci d'une alliance malintentionnée de quelques uns mais globalement le système est stable et surtout bénéfique pour les grands argentiers du monde ce qui est l'objectif premier...

Mais les Chinois excluent pour l'instant d'entrer dans le plan d'interdépendance notamment en refusant d'ajuster leur monnaie aux exigences des grands pays. N'ayant pas de passifs envers eux ceux ci ne peuvent l'y contraindre sans violer les leurs propres règles économiques entamant ainsi la confiance et la crédibilité du système...

Plus inquiétant pour les USA et le reste du monde, la Chine capte de plus en plus de matières premières renforçant l'inflation et creusant les dettes nationales des autres. Pour couronner le tout la Chine achète la dette Américaine pour en faire son débiteur voir son obligé...

Les USA comprennent très bien ce qui est en train de se jouer...Pour l'instant, ils ne peuvent rien faire ils sont contraint d'attendre un faux pas grossier des Chinois. Mais ils risquent fort d'attendre trop longtemps et ils seront donc probablement contraint à les pousser à la faute...

A l'instar du conflit entre Philippe le Bel et les Templiers cette affaire devrait très mal se terminer avec des conséquences majeures et durables pour le reste du monde...

Michel Actis.

Nous n'avons pas fini d'en débattre sur ce sujet



 

 

10 août 2007 : La Marabunta chinoise :

Un lecteur, technicien dans un centre de montage de satellites, après avoir lu ce qui précède, m'envoit ce message :

Bonjour Monsieur Petit,

 

Deux mots pour rapporter une anecdote caractéristique à propos de le Chine. D'abord, je partage entièrement les opinions exprimées dans votre dossier sur la Chine (26/5/06). Je participais en mars 2005 à Toulouse à la fabrication de la charge utile d'un satellite de télécommunication pour l'Afrique, dans la salle blanche d'un grand constructeur français lorsque nous (techniciens, ingénieurs et mécanos) avons vu soudainement débarquer un jour une équipe de 4 ou 5 chinois avec un interprète. L'un portait sur l'épaule un caméscope pro (type matériel de reportage betacam) et un autre l'assistait avec une lampe je crois. Ni une, ni deux, ils font le tour de la payload (espèce de cube de 2 mètres d'arrête environ, constituée de panneaux de matériaux composites qui reçoivent toute l'électronique du futur satellite) et pénètrent tout aussi prestement à l'intérieur en baladant leur caméscope à 20 cm des panneaux !

Stupeur de l'équipe, l'ingénieur chef de l'affaire en tête ! ... tout le monde est choqué et proteste comme il peut. En effet, il nous est strictement interdit de pénétrer dans les salles blanches avec le moindre appareil photo ou téléphone portable. Il faut se rendre compte que filmer de très près, en balayant soigneusement l'intérieur des panneaux comme l'ont fait les chinois, permet ensuite de reconstituer très précisément, sans trop de difficultés, toutes les caractéristiques électriques du satellite. L'essentiel de la circuiterie est essentiellement constituée de guides d'ondes (sorte de tuyaux de section rectangulaires servant à faire circuler les ondes hautes fréquences) dont la forme et la distribution révèlent précisément l'architecture électrique du satellite.

 

L'interprète nous a répondu qu'elle disposait de toutes les autorisations (les plus hautes)... quoi faire ? Nous ne sommes pas des imbéciles et nous avons tous compris ce que signifiait cette comédie : dans pas longtemps nous ne vendrons plus beaucoup de satellites à la Chine ! C'est aussi sûr qu'il fera jour demain à midi ! J'ai expliqué l'histoire à mon copain chef du syndicat qui a levé les bras au ciel en disant "qu'est-ce qu'on y peut ?".

       Cordialement.

A.L. électronicien         

 

 

La Marabunta ( armée de fourmis combattantes en Amérique du Sud )

Le problème des relations économiques avec la Chine ne semble pas vraiment intéresser nos hommes politiques. Le la Chine nous parviennent des échos. Y a-t-il une " mentalité chinoise " ? Est-il licite d'en parler ? Peut-on tirer des conclusions générales sur un pays peuplé par plus d'un milliard d'invividus ?

Une étude récente faisait état des résultats d'une vaste enquête concernant tous les pays du monde. La question était celle des pots-de vin. La Chine et l'Inde arrivaient largement en tête. La Chine s'implante avec facilité dans les pays Africains. Elle emporte les marchés les uns après les autres. En Afrique, le pot-de-vin est une partie intégrante de la culture locale. Le premier souci d'un chef d'état est de s'ouvrir un compte en Suisse. La caisse du pays qu'il est censé diriger et la sienne ne font qu'un. Le pragmatisme Chinois est légendaire et redoutable. Peu importe, disait Deng Tsiao Ping, comme le chat attrappe la souris, du moment qu'il l'attrappe. En Afrique, les Chinois sont ouverts à tous les arrangements.

Deng est " un grand patriote ". Bien sûr, grâce à ce pragmatisme, la Chine sort globalement de sa misère. Nous n'avons, nous les occidentaux, aucune leçon de morale à lui donner. La Chine ne fait qu'appliquer nos propres méthodes, simplement de manière plus efficace. Glabalement, cet immense pays mène une guerre conquête contre les autres pays, sans que ceux-ci ne réalisent l'ampleur de cette conquête. On a par exemple largement ouvert les frontières européennes aux chinois. Ces touristes affluent donc. Il en est de deux sortes. Les premiers sont des vrais touristes mais leur argent, lui, retournera vers la Chine. Les visiteurs Chinois sont de bons patriotes. Ils font appel aux services de guides Chinois, payés de la main à la main. Ils logent dans des hôtels prennent leur repas dans des hôtels et des restaurant qui sont la propriété de leurs compatriotes. On vent d'apprendre récemment qu'ils avaient leurs propres maisons de passe, peuplées de mineures sans papiers. Même cet argent là repart en Chine, ou sert à acheter d'autres propriétés. Les seconds "touristes" ne repartiront plus. Dans les caves des immeubles des quartiers acquis par les Chinois, dans nos grandes villes, reposent en paix ceux qui sont morts et dont on a pieusement recueillis le passeport pour le revendre, avec toute son identité, à "quelques touriste de passage".

On peut quand même dire qu'il existe des traits de caractère et des arcanes mentales propres à de vastes groupes ethniques. Nous vivons dans une sorte d'Occident "chrétien". Il a sa morale, ses principes.Ce ne sont que des mots, mais en tant que propositions purement verbales, tout cela existe. Ca porte différents noms. Les dix commandements, par exemple. Cela n'empèche pas ces "chrétiens" de se comporter comme des vraies ordures. Le cerveau occidental se prête à la schizophrénie. On ne mène pas des campagnes néo-colonialistes, on ne défend pas des intérêts, on tente d'installer la civilisation et la démocratie "ailleurs". L'occidental a besoin de se justifier, de se mettre " en accord avec sa conscience ". Dans sa tête se joue un éternel dialogue entre " lui est sa conscience ". Si vous voulez vous démolir le moral définitivement, aller lire ce dialogue dans le film " Dogsville " que vous trouverez dans n'importe quel vidéo club. Excellent, mais dur à supporter. Ce film est à l'image de nous-mêmes.

Disons que les Chinois ne connaissent pas ce conflits intérieurs au terme desquels l'Occidental finit par trouver les saines jutifications de ses renoncement à l'honnêteté, à la charité. Sous cet angle ils sont moins hypocrites que nous. La "charpente morale" du Chinois moyen c'est le confucianisme, qui n'est pas une religion, mais une philosophie de l'équilibre. Les choses, les gens, doivent être bien à leur place. Tout peut être sacréfié sur l'autel de l'ordre établi, ou en train de s'établir. C'est dans l'ordre des choses, dit-on. C'est peut être le maître mot de la pensée chinoise.

Par ailleurs le Chinois a besoin de paraître. Pékin est le royaume des grosses cylindrées. On peut s'interroger sur ce que devient " la civilisation chinoise ". Ce mot a-t-il encore un sens ? Sort-on indemne d'un demi-siècle de maoïsme ? Mais quel peuple, sur notre caillou errant, pourrait encore se targuer d'être vivilisé et d'avoir quelque chose à apprendre à ses voisins ? Comme disaient les soixante-huitards :

- Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien.


 

 

D'une lectrice chinoise :

C'est bien ca, la Chine..Nous le savons depuis longtemps. Les Japonais ont fait de même en Chine il y a 20 ans, dans les secteurs "fabrication traditionnelle". C'est comme ca ils ont "appris" les techniques traditionnelless de certaines porcelaines, des cloisonnés... et les ont fabriquées par la suite en faisant mourir des petits fabriquants chinois...

L'économie est un monde sans morale ni pitié...

Un proverbe chinois dit "la pire des facons de tuer quelqu'un est le tuer sans faire voir du sang"... La guerre économique, c'est tout a fait ca, c'est la pire des guerres : créer des misères en silence.

Quand les gens se rendent comptent... c'est déja trop tard.

 

 

 

 

 

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