God Bless America

Donald Rumested arpentait le bureau ovale avec nervosité.

- On s'est déjà plantés plusieurs fois. A Cuba lors de l'opération de la baie des cochons on nous avait dit que la population accueillerait les expéditionnaires à bras ouverts et se soulèverait contre Castro. Et vous avez vu le résultat ? Même chose en Irak. Où sont les Irakiens avec les petits drapeaux américains, en bordure de route? Moi, je n'ai rien vu. Je vous le dis, ça ne se passe pas bien du tout.

Condelezza Rice hocha la tête.

- D'accord, d'accord. Mais il faut lutter avec l'adversaire avec ses propres armes. Donald, jetez un oeil à cela.

Et elle lui tendit un projet de l'Agence, avec une couverture bleue, puis poursuivit :

- Saddam a fait très fort. Il a combattu les religieux en Irak. Il a mené dix ans de guerre contre les Ayatollah iraniens et cela a fait des millions de morts. Allah, il s'en fout éperduement. Mais regardez comment il a réussi à mettre maintenant ces mêmes religieux de son côté, ceux-là même qui maintenant lancent des Fatwah contre les irakiens qui feraient mine de le lâcher. Côté manipulation, je lui tire mon chapeau. Et cette idée d'écrire un Coran avec son sang, c'était génial, non ?

Rumsfeld hocha la tête.

- Si je connaissais son conseiller en communication je l'engagerais immédiatement.

Bush avait l'air ridicule avec son blouson de vol kaki sur lequel il avait cru bon de faire coudre les insignes de l'Air Force. Powel se retourna vers lui d'un coup.

- Ecoutez- Georges, je sais que c'est dur pour tout le monde, mais là-bas nos gars se battent avec les vents de sable et la chaleur. De grâce, les week-ends, restez à la Maison Blanche au lieu d'aller vous reposer dans votre propriété de Camp David.

- Mais ma femme dit qu'il faut arroser les plantes....

- Dites-lui qu'elle y aille seule et ne quittez pas votre poste, bon sang !

Rumsfeld essaya de calmer le jeu.

- Du calme, les gars, du calme. Essayons de voir les choses froidement. Le gars Saddam, il a sacrément bien joué le coup, aidé par les Européens.

Condolezza Rice eut un mouvement de colère :

- Les Français et les Irakiens ont toujours marché la main dans la main. Il y a des signes qui ne trompent pas, des signes de reconnaissance que tout le monde peut voir.

- Que voulez-vous dire, questionna Powel ?

- Les Irakiens et les Français ont des bérêts.

Colin jeva les yeux au ciel.

- Condolezza, nous nous égarons. Etes-vous déjà allée en France ?

- Non.

- Eh bien, sachez une chose : les Français ne portent pas de bérêts.

- Mais, je croyais....

- Non, Condolezza, il ne portent plus de bérêts et de moustaches depuis la fin de la guerre de 14-18. Vous avez vu ça dans des films.

Rumsfeld, qui venait de terminer la lecture de son dossier bleu approuva.

- Oui, ça, c'est vrai. Je suis allé une fois à Paris et là-bas je n'ai vu aucun homme avec un bérêt.

Bush avait commencé à jouer un genre de gadget vendu en grande surface, censé aider les gens à contrôler leur stress. Il avait l'air de malaxer je ne sais quoi dans ses mains. Powel explosa :

- Ecoutez, Georges, soyez un peu avec nous, pour une fois et rangez ce truc, vous me rendez nerveux !

Bush fit disparaître le gadget dans un tiroir en faisant la moue. Rumsfeld brandit son rapport bleu.

- Le blocus, ça ne marchera pas. Les Irakiens montreront les enfants affamés, c'est tout. Les bombardements, ça ne marchera pas non plus. Tous les jours les irakiens baladent des cercueils dont la moitié des occupants sont des gens décédés de mort naturelle dans des hôpitaux. Là-bas, l'Irak devient plus chaud que l'enfer et nos gars supportent cela de plus en plus mal. Dès qu'un vent de sable se lève, Saddam clame qu'Allah a répondu à ses prières.

Condolezza se mit à hurler :

- Mais c'est simplement la saison !

- Je sais, je sais, mais dans les faits ces gars se débrouillent pour utiliser l'arme météorologique contre nous.

Rumsfeld posa le rapport sur le bureau.

- Ce plan "S" émane de notre service d'action psychologique. Je pense que c'est une sacrée bonne idée. Tout est une simple question d'image, tout réside dans l'idée que les gens se font de leurs leaders. Il faut d'urgence redonner à Georges une image à la fois virile et patriotique vis à vis de la Nation.

Powel écarquilla les yeux.

- On ne va quand même pas le faire se balader avec deux colts à la taille, comme Patton pendant la seconde guerre mondiale, ou lui faire porter des chemises taillées dans des drapeaux Américains ?

- Non, dit Rumsfeld, l'idée est plus originale, plus ... subtile. Et alors c'est du quitte ou double. En mélangeant avec du noir du fumée, ça marche.

Il agita le rapport

- Nos gars ont fait des essais.

- Et c'est quoi, cette grande idée ? dit Powel.

Rumsfeld plissa les yeux derrière ses lunettes.

- On ouvre une salle au mémorial et on présente une exemplaire de la Déclaration d'Indépendance écrite avec le sperme de Georges.

 


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