20 juillet 2006 : Une chose à laquelle je n'avais pas pensé et qui nous a été communiqué par un lecteur qui avait amené son frère chez un médecin, après que celui-ci ait fait sous ses yeux une syncope en piscine, après une apnée prolongée. Pourtant c'est tout à fait logique. Notre corps n'est pas conçu pour l'apnée extrême. Même si un apnéiste s'est sort sans problème, après des apnées de 3, 4 minutes ou plus, cet exercice détruit à chaque fois des neurones de son encéphale et surtout des cellules de son muscle cardiaque. Beaucoup plus tard il payera l'addition en devenant beaucoup plus sensible à infarctus.

                      Je ne savais pas cela. Ca n'est pas non plus enseigné par la Fédération Française d'Apnée et par ses "moniteurs diplômés".

 

 

Un journalisme meurtrier

L' article qui suit est extrait du journal le Monde en date du 21 juillet 2003. Sa référence :

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-373040,0.html

 

 

C'est le plein l'été. Il y a des sujet qui semblent de saison. Un journaliste, Charlie Buffet, a cru bon de publier cet article dans un journal très lu et surtout très cru : le Monde (19 juillet 2004) Il a intitulé son article "Aux limites du corps". Je ne pense pas qu'un droit de réponse soit possible où il me serait permis d'exposer les danger de l'apnée extrême, véritable roulette russe. Le texte paru dans le Monde est en bleu. Vous le lirez. Puis, j'espère que que vous prendrez connaissance du dossier que j'ai mis sur mon site, qui a apparemment déjà sauvé plusieurs vies. Mais ça n'est pas "vendeur". Ce qui est vendeur c'est de publier des textes aussi imbéciles, de donner écho à des démarches qui sont tout sauf sportives ou même scientifiques.

 

LE MONDE ,19.07.04 • MIS A JOUR LE 19.07.04 | 16h25

AUX LIMITES DU CORPS
Un poisson nommé Mayol


Le bourlingueur immortalisé dans "Le Grand Bleu" a exploré les mystérieuses sensations de la plongée dans les grands fonds.
Gheorgios Haggi Statti n'aurait sans doute jamais été pris en photo de sa vie si un cuirassé italien, le Regina-Margherita, n'était venu casser son ancre devant l'île de Karpathos un jour de 1913. L'accident avait fait trois morts, l'ancre reposait par 80 mètres au fond de la mer, et un officier photographia ce pêcheur d'éponges de 35 ans, le visage étroit barré d'une grosse moustache et le corps flottant dans ses vêtements de coton, qui se proposait pour repêcher l'ancre et sa chaîne, attiré par la promesse d'une récompense.

Le prétentieux est d'abord écarté : il se montre incapable de retenir sa respiration plus de quarante-cinq secondes. Et l'examen que lui font subir les médecins du bord est désastreux. Haggi Statti a une cage thoracique plutôt moyenne, un emphysème pulmonaire et une audition déficiente : un tympan percé, l'autre inexistant ! Mais l'homme, qui affirme pouvoir plonger jusqu'à 100 mètres, obtient de faire une démonstration sous l'eau et, sans aucune préparation, y reste plus de six minutes !

Dans les jours qui suivent, les médecins le voient plonger une cinquantaine de fois sur des fonds de 60 à 84 mètres, en maillot de bain et lesté d'une grosse pierre. Il remonte à la force des bras le long d'une corde, après des apnées de plus de trois minutes, ni essoufflé ni fatigué. Enfin, au bout de quatre jours, l'ancre est retrouvée et remontée à bord. Aux médecins éberlués qui l'interrogent sur ses sensations au fond, il répond : "Je sens tout le poids de la mer là, sous les épaules... J'ai la gorge serrée, je me sens oppressé, mais je ne pense plus à respirer." Des mots d'alien qu'on mettra soixante ans à comprendre. Mais attention : dans l'histoire d'Haggi Statti, chaque mot compte, chaque détail est véridique.

Cette histoire incompréhensible pour ses contemporains était tombée dans l'oubli. Dans les années 1970, un homme retrouva les rapports des médecins dans les archives de la marine italienne et raconta l'histoire dans un livre, Homo Delphinus. Il s'appelait Jacques Mayol. Le Mayol romancé du Grand Bleu ? Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre...

Jacques Mayol, né un 1er avril à Shanghaï, a l'âme bourlingueuse. Français cosmopolite, il a fréquenté le lycée à Marseille, fait la route (et deux enfants) en Scandinavie, atterri au Canada comme bûcheron, matelot, puis journaliste. Séducteur et insaisissable, même pour ses proches, il aime sans compter : les langues, les jolies femmes, l'imprévu. En 1957, par les hasards d'un reportage, sa vie, comme on dit dans les contes, bascule. Plouf ! Il a 30 ans, elle s'appelle Clown, c'est la prima donna de l'aquarium de Miami. Le dauphin femelle, "au début, s'était contenté de flirter un peu avec moi". Mais, pour l'homme, c'est "le coup de foudre", "une illumination qui dura le temps d'un regard". Dans Homo Delphinus, Jacques Mayol raconte cette relation comme une passion amoureuse. Il se laisse pousser les cheveux pour que Clown puisse les lui tirer et, lorsque la belle s'exécute : "Un baiser de la plus belle fille du monde n'aurait pas pu me faire plus plaisir." Ce n'est pas (que) de l'humour de play-boy. Comme l'indique le titre du livre, dépasser la frontière entre l'homme et l'animal sera la grande affaire de la vie de Jacques Mayol.

Il fera encore pêcheur de langoustes dans les Caraïbes, étudiant cinéaste à Hollywood et apprenti yogi au Japon. Mais en plongeant chaque jour au côté de Clown dans le bassin de Miami, Jacques Mayol est devenu ce qu'il est : apnéiste. Il plonge de plus en plus longtemps et de plus en plus profond, entre dans la course aux records en 1966, lançant, par une descente à 60 mètres, une décennie de compétition légendaire avec l'Italien Enzo Maiorca. Mayol, qui deviendra, le 23 novembre 1976, au large de l'île d'Elbe, le premier homme à atteindre en apnée la profondeur de 100 mètres, ne boude pas le plaisir des records.

 

 

Il se trouve que j'ai bien connu Jacques Mayol. J'ai même plongé dans les Caraïbes avec lui, au cours d'une expédition menée autour des récifs de Cayl Sal Bank, au large de Cuba, dans les années quatre vingt. Jacques était un rêveur. Ca n'était pas un homme d'argent, sinon il se serait enrichi. Il a surtout .. enrichi les autres. Pour le Grand Bleu il avait signé un contrat autorisant l'emploi de son nom, basé sur un forfait et non un pourcentage, ridiculement faible au regard de ce qu'a rapporté le film. Mais il vivait comme un papillon, ébloui par les feux de la rampe, ceux de la renommée, ceux qui donnnent "l'impression d'exister" et pour lesquels certains son prêts à faire n'importe quoi, mettre leur vie en danger, mais aussi celle des autres.

Il avait surtout un truc qu'il convient aujourd'hui de révéler et qui explique ses fameux records. Il m'en fit un jour la confidences quand l'époque de ses records n'était déjà plus qu'un souvenir. Vous savez que l'organisme s'habitue relativement vite à l'altitude. Ceux qui ont fait de la haute montagne savent qu'avant une course à plus de 3000 mètres d'altitude il est bon de faire un séjour en altitude, en refuge. J'ai fait cela, comme tous les autres alpinistes, quand j'avais vingt ans. Quelques jours suffisent pour que le sang se modifie de manière très importante, s'enrichisse en globules rouges quand on sejourne dans un air plus raréfié, en altitude. Mayol le savait. Les sportifs de haut niveau de l'Allemagne de l'Est aussi qui avaient construit dans plus plus grand secret un stade complet, en caisson dépressurisé,où vivaient, s'entraînaient et dormaient les compétiteurs de haut niveau dans les jours qui précédeaient les épreuves où leurs stupéfiantes performances allaient étonner le monde entier, sans drogues décelables, sans rien. Un stade souterrain, construit à l'intérieur d'un gigantesque caisson d'acier où les sportifs pouvaient pratiquer toutes sortes de disciplines dans un air à pression réduite, plus raréfié donc plus pauvre en oxygène et dont on ne découvrit l'existence qu'après la chute du Mur de Berlin.

Avant ses records Mayol s'éclipsait donc, discrètement, pour aller plonger, faire de l'apnée à plus de trois mille, dans lac Titicaca. Le reste, le Yoga, la méditation et tout le reste, c'était du pipeau. C'était pour expliquer ses super-capacités d'homme-dauphin dont le sang était simplement plus riche en globules rouges que la normale pendant quelques jours, le temps de "démolir un nouveau mur". Désolé d'écorner l'image de l'idole...

Il aime être le premier à " démolir les murs" des 70 ou 90 mètres. Mais cet adepte du yoga, veut explorer les extraordinaires sensations que procure la descente dans les grands fonds. Pour reculer les limites de ce dont l'homme est capable, il se met au service des recherches sur la physiologie de l'apnée. Jamais cobaye n'a été aussi actif. En 1973, il s'engage avec enthousiasme pour un programme de cinq ans de recherches physiologiques avec l'université italienne de Chieti. Chacune de ses plongées sera l'occasion de tests. Exercices psychotechniques, radios pulmonaires dans un lac des Andes péruviennes et même prise de sang avec cathéter à 50 mètres !

La physiologie. Voilà ce qui intéressait Mayol dans l'exploit du pêcheur d'éponges grec. C'était un record oublié, mais surtout le premier témoignage sur le plus grand mystère de l'apnée : l'existence d'un "réflexe d'immersion" chez l'homme, "ce réflexe que nous possédons depuis l'origine et qu'il doit être possible de faire ressurgir de notre mémoire génétique".

Plus de soixante ans après, il est enfin capable d'expliquer l'histoire d'Haggi Statti. D'abord les oreilles. Important, les tympans percés : ils évitaient au plongeur grec d'avoir à compenser, à envoyer de l'air dans l'oreille interne pour équilibrer la pression extérieure. Ensuite ces mots bizarres : "le poids de la mer sous les épaules". Lors de la descente, la pression augmente de 1 bar tous les 10 mètres. A 80 mètres, elle est donc de l'ordre de 9 bars, 9 kg par centimètre carré. Le "poids de la mer" comprime le diaphragme et écrase les poumons sous les épaules, "à leur pointe supérieure", explique Mayol.

La pression, c'est le point capital : le plongeur doit l'accepter sans la combattre, détendu. Au début de l'immersion, les poumons sont gonflés à bloc : jusqu'à 8 litres d'air pour un bon apnéiste, 10 dans des cas exceptionnels. Dans les premiers mètres de la descente, là où la pression augmente le plus vite, cette baudruche diminue de moitié. Au bout de 10 à 12 mètres, l'effet "bouchon de liège" qui retient à la surface disparaît, et la descente s'accélère.

Au début des années 1960, un physiologiste français, le docteur Cabarrou, avait prédit l'existence d'un mur infranchissable à 50 mètres : la cage thoracique, disait-il, ne résisterait pas à la pression et s'écraserait comme les caisses d'air d'un volume équivalent qu'il avait immergées lors de ses expériences. Ce que le docteur Cabarrou avait heureusement oublié, c'est que le corps humain est souple, et d'autant plus souple qu'il est détendu et relaxé. Les poumons d'Umberto Pelizzari, lorsqu'il a été le premier à atteindre 150 mètres, n'étaient pas plus gros qu'une pomme. Pelizzari plonge les yeux fermés, pour regarder à l'intérieur de lui-même. "Souple, détendu, décontracté."

Mayol poursuit son décryptage : "Je me sens oppressé, mais je ne pense plus à respirer." La clé, explique-il, c'est le blood shift. Cette vasoconstriction périphérique, parfois appelée "érection pulmonaire", fait refluer le sang des extrémités vers les poumons, le cœur et le cerveau, pour les irriguer et les protéger contre la pression extérieure. Le phénomène était connu chez les mammifères marins. En 1967, une équipe de médecins américains l'a observé pour la première fois chez l'homme. Les cobayes s'appelaient Robert Croft et Jacques Mayol. Pour l'intéressé, c'est une affaire de plaisir : "C'est une sensation merveilleuse quand, à 60 mètres, tu sens deux mains gigantesques qui t'étreignent, mais sans te faire mal, gentiment, et te font affluer le sang vers le poumon pour aller encore plus bas."

"L'émotion forte, indescriptible, envahit tout le corps, complète Umberto Pelizzari dans L'Homme et la mer (Arthaud, 2004). Elle part des pieds et monte progressivement. Là où elle passe, elle fait disparaître toute sensation physique."

Il y a beaucoup plus simple. En apnée, le grand consommateur d'oxygène, c'est le cerveau. Instinctivement, l'apnéiste réduit la sienne en se mettant en état de "non-pensée". La pratique de l'apnée est donc très proche de l'activité méditative, avec tout le bien-être que l'on peut en retirer. Quand on est bouffé par des problèmes, se mettre en état de non-pensée, ça aide pas mal. C'est la raison de cet engouement "métaphysique" pour l'apnée.

A la recherche du réflexe d'immersion, Mayol s'intéresse aussi à la bradycardie, le ralentissement du rythme cardiaque, observée par le physiologiste Paul Bert sur un canard. Elle intervient quelques secondes après l'immersion de la face. Mayol, là encore, a été le pionnier des recherches. Quelques secondes avant l'immersion, son rythme cardiaque est de 90. Au bout de 8 secondes, il n'est plus que de 50, et diminue encore avec la profondeur. En 1976, il s'est laissé prendre le pouls pendant quinze secondes à 80 mètres : 28 pulsations par minute !

Pionnier de l'apnée moderne, Jacques Mayol est devenu un mythe vivant dans les années 1980, avec le succès phénoménal du Grand Bleu, de Luc Besson, qui l'avait associé au scénario et au tournage.

Mais pas aux bénéfices....

Mais cet extraverti charismatique, quoique lunatique, ne pouvait pas se reconnaître dans le "Jacques" timide et angélique du film - moins encore qu'un Enzo Maiorca caricaturé en Rital, qui fit interdire le film en Italie.

Maiorca tenta, en vain, de tirer profit de l'exploitation qui avait été faite de son personnage dans le film.

Une génération, pourtant, y trouva son compte.

Combien de morts, victimes de "l'effet Grand Bleu" ? Est-ce que cet imbécile de journaliste les a comptés ? Des centaines. Mon fils Jean-Chistophe, 23 ans, fut du lot.

A la recherche des enfants du Grand Bleu, on s'embarque à Nice dans un Zodiac jaune qui file jusqu'au milieu de la rade de Villefranche. C'est le navire amiral de l'Aida, l'Association internationale pour le développement de l'apnée.

Comment se fait-il que le Ministère de la Jeunesse et des Sports et surtout que les médias ne dénoncent pas cette activité qui n'a rien de sportif et qui n'est rien d'autre qu'un flirt malsain avec la mort.

A bord, Cédric Palerme, Neptune costaud, veille sur une demi-douzaine d'amateurs et François Gautier, jeune président de l'association, prépare une plongée à 95 mètres en "no limits" - descente le long d'un câble, entraîné par une gueuse de 30 kilos, et remontée tiré par un ballon d'air. L'ambiance est détendue. On s'entraide, on échange des conseils, l'adresse d'un fabricant de monopalmes en carbone ou le prix d'une belle combinaison argentée.

Les vendeurs de matériel de plongée sont les sponsors de telles manifestations. Maintenant que le poisson a disparu de nos côtes, il faut bien quelque chose qui fasse vendre, même si ces commerçants deviennent des vendeurs de mort.

Pas de silence religieux, de concentration ostentatoire. "Ici, on ne fait pas de yoga et on n'aime pas les dauphins, blague Cédric Palerme. Pire, on commence à accueillir des jeunes qui n'ont jamais vu le Grand Bleu !"

Les "cloclos de la rade", comme ils s'étaient baptisés du temps où ils pointaient tous au chômage, sont devenus le cœur de l'apnée en France, grâce notamment à Loïc Leferme, recordman mondial avec une descente à 162 mètres. Ce qui les anime, c'est une recherche maniaque de la sécurité. A bord, Cédric Palerme présente un astucieux système de contrepoids qui permet de remonter un apnéiste victime de syncope (le risque numéro un) sans l'aide de plongeurs d'assistance avec bouteilles. C'est un pas important pour la préparation des futurs records de Loïc Leferme, qui doit tenter en septembre de descendre à 172 mètres et ne cache pas que le mur des 200 mètres le fait rêver. Avant ses immersions, pour se détendre, Loïc Leferme joue de l'harmonica.

Quelle inimaginable connerie ! Avant de se transformer en surhomme, sponsorisé par les maisons de matériel de plongée, Leferme était chômeur. Avant de devenir "le Grand Bleu", Mayol n'était ... rien. Et il n'y a personne qui puisse faire entendre un autre son de cloche, dans ces médias méprisables où on incite nos gosses à jouer à la roulette russe ! Ca ça n'est rien d'autre. Lisez mon dossier technique.

De ses nombreux voyages en Orient, Jacques Mayol avait ramené une grande fascination pour les performances des yogis. Dans Homo Delphinus, il cite le cas de yogis capables de retenir leur respiration plus de vingt minutes. Avant chaque plongée, Mayol demandait le silence et entamait ses exercices de respiration et de concentration sur son tapis jaune et noir. Il aimait la science du souffle (pranayama) et l'idée, centrale dans la philosophie indienne, qu'un même souffle anime la vie physiologique et la vie psychique. Jean-Marc Barr, qui l'a incarné dans le Grand Bleu, l'a décrit comme un Peter Pan. En 1983, à 56 ans, Jacques Mayol a battu son dernier record en plongeant à 105 mètres.

Martin Eden, de Jack London, fut son livre de chevet sa vie durant. Dans la nuit du 22 au 23 décembre 2001, il s'est pendu dans sa maison de l'île d'Elbe. Il avait 74 ans. C'était un acte prémédité, annoncé. Il n'avait rien caché à ses proches de sa dépression.

Le 12 septembre 1998, Umberto Pelizzari s'est rendu au large de Karpathos, sur le lieu de l'exploit de Georghios Haggi Statti. Vêtu d'un simple maillot de bain, sans palmes, lesté d'une pierre de 8 kg, il est descendu à 100 mètres et est remonté à la corde, à la force des bras. Jacques Mayol l'avait initié au yoga et le considérait comme son héritier. C'est lui qui, à l'heure de sa mort, résume le mieux ce qu'il laisse : "Le plaisir de plonger dont dérive tout le reste, l'élégance, la symbiose avec la mer, la conscience d'être sous l'eau, d'être un homme, mais sans ressentir le besoin de respirer."


Charlie Buffet                       

Bibliographie :

Jacques Mayol, Homo Delphinus (Glénat, 1987).

Pierre Mayol et Patrick Mouton, Jacques Mayol, l'homme dauphin (Arthaud, 2003).

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.07.04

Dépression ? Il s'est suicidé parce qu'il était seul comme un rat et que tous les médias l'avaient laissé tomber. On ne peut jouer les recordmen à plus de soixante ans.

Après la mort tragique de mon fils qui, à mon insu, faisait des apnées de trente mètres en suivant (on a retrouvé un numéro sur le bateau) les conseils d'une revue nouvellement créé, Apnéa, j'appelais Mayol.

- Jacques, pourrais-tu user de tes entrées médiatiques ? Il nous faut arrêter ce massacre. Le film "Le Grand Bleu" a déjà fait plus de cinq cent morts. Tu sais que sans une équipe nombreuse tout autour, prête à intervenir, ces exploits sont équivalents à des suicides. Toi, on t'écouterait.

Mayol, toujours à l'écoute des sirènes médiatiques, fit la sourde oreille.

Dans sa dernière prestation, il avait casé un dernier exploit devant les caméras. Une profondeur plus modeste, 75 mètres, ce crois, où il devait descendre assis, en position debout, ur une selle de vélo, à ..plus de soixante ans. Une ... variante, en quelque sorte. Une chaîne de télévision avait accepté de le filmer. Je ne sais plus laquelle. Mais ça n'avait pas bien marché. Dans les jours précédents Mayol avait pris froid et ses trompes d'Eustache s'étaient enflammées. Dans ce cas-là, la décompression devenant impossible, inutile de tenter l'exploit. Tous les plongeurs le savent. Mais le rendez vous avait été pris avec ces foutus médias.

- Alors, vous y allez, oui ou non ?

Mayol avait d'un coup sec largué l'amarre et s'était enfoncé, mais, saisi par la douleur, il avait du très vite quitter son dispositif en palmant vers la surface. Ce faisant, il savait qu'il était "fini" pour les médias. L'équipe de télé remballait déjà son matériel et, dans les yeux de Jacques, je vis quelques larmes. Cela m'a rappellé la mort de Jacques Delacourt, au milieu des années soixante-dix, quand le "deltaplane" démarrait. J'ai connu l'enfance meurtrière de ce sport et, peut être à cause de mes expériences de pilote et de parachutiste ai-je eu la chance d'en réchapper. Mon premier vol date de 1974. La télévision, intéressée par ce sport nouveau avait accepté de se déplacer. Mais, le jour dit, il y avait du vent arrrière. Delacourt hésitait.

- Alors, vous y allez, oui ou non ?

Il a pensé qu'en fonçant il arriverait à décoller et s'est tué devant les caméras. Tout a été filmé et est passé au journal de vingt heures. Je n'étais pas présent lors de l'accident, je le précise.

- Jolies images, a du dire le réalisateur.

Le voilà, notre monde moderne. Et le journaliste Charlie Buffet en fait partie.

- Allez-y, tuez-vous, plongez aux limites de votre fragile vie, flirtez avec "les limites de votre corps", grimpez sans corde, à main nue, sautez depuis des falaises sans parachute de secours, pratiquez "l'extrême", nous vous filmerons, nous parlerons de vous, nous vous sortirons de votre anonymat.

Un jour j'ai participé à une émission conduite par Jacques Martin. Ca n'était qu'un gag : je savais tirer à pile ou face avec mes doigts de pied et nous avions filmé la scène. L'animateur avait repris une émission américaine "Incroyable mais vrai" montrant des exploits, très souvent dommageables pour leurs héros. Après l'émission, nous avons discuté, lui et moi, autour d'un café.

- Je vais arrêter. L'émission marche bien. Mais ce qui m'écoeure c'est la curiosité, le voyeurisme malsain des gens. Ces jours derniers, un de mes assistants a reçu un coup de fil. On lui proposait une scène. Il s'agissait de filmer quelqu'un qui se serait rué en bicyclette vers un précipice, attaché à un élastique. On a rappelé, un peu plus tard et on est tombé sur la mère qui nous a dit "François ? Je le préviendrai de votre appel. Il n'est pas encore rentré de l'école".


Frédéric Deroche, 28 juillet 2004 :

   Avec un ami, quand on avait 17 ans on pratiquait l'apnée en piscine. Non pas pour avoir été influencé par le Grand Bleu, ou peut être un peu,... mais parce qu'on ressentait après 25 petits mètres une sorte de bien être une fois sortis de l'eau.

  Alors nous avons tenté les 50 mètres, sans palmes, à 2 mètres de profondeur. Personnellement je l'ai fais 3 fois, et mon intuition m'a toujours dis de le faire sous surveillance. Ainsi avec mon ami on se surveillait mutuellement. Inconscients, c'est clair et net... tout à fait d'accord avec vous...

  La troisième et la dernière fois que je l'ai fait, j'avais parcouru la distance avec une lenteur volontaire, pour consommer peu d'oxygène. J'ai du mettre deux bonnes minutes pour parcourir la longueur. A l'instant même où j'ai voulu sortir la tête de l'eau j'ai perdu connaissance. Mon ami m'a dit "que mes yeux se sont retournés, ils étaient révulsés". Je n'en ai pas souvenir. Si mon ami n'avait pas été là, je coulais à pic. Cela m'a servi de leçon et je n'ai plus jamais refait ce genre d'exercice.

   Je ne suis pas un adepte des sports extrèmes... je n'aime pas ça... mais l'apnée me donnait juste la sensation d'être bien... le piège fatal...

   C'est de la pure folie... c'est clair et net...

   Votre article sera utile à beaucoup... aujourd'hui l'inconscience gagne beaucoup de terrain sur la conscience... ceci étant cultivé par la TV-conditionnement... où il faut en mettre plein la vue.

Frédéric Deroche           



Dernière mis à jour (fin de dossier) le 13 octobre 2002

... L'apnée est une activité millénaire. Dans des épaves de galères, qui contenaient des amphores à vin ou à huile d'olive, découvertes près des côtes du midi de la France, sur des fonds de vingt-vingt cinq mètres, on a retrouvé des grosses pierres qui ne pouvaient avoir roulé d'une falaise. Elles pesaient de cinq à dix kilos et ressemblaient à de gros galets. Pendant longtemps la présence de ces pierres resta un casse-tête pour les archéologues, jusqu'à ce que ceux-ci réalisent qu'enfermées dans des paniers de corde faits de fibre végétale elles servaient de lests en permettant à des plongeurs de descendre dans la cale des navires coulés pour tenter d'y effectuer des opérations de renflouement.

... Dès cette époque l'armateur, quand il le pouvait, tentait une opération de renflouement de sa précieuse cargaison, quand le fond n'était pas excessivement important. Il est vrai qu'à l'époque la vie humaine ne valait pas bien cher.

Apnée, dictionnaire Larousse : arrêt volontaire de la respiration. Mais qu'arrive-t-il lorsque vous bloquez ainsi votre respiration ? Très vite, en quelques dizaines de secondes, vous ressentez une pénible sensation d'étouffement, qui devient rapidement insupportable et vous contraint à reprendre votre souffle. La cause de cette sensation est l'accroissement du taux de gaz garbonique dans votre sang (ou, pour être plus précis, de la pression partielle de gaz carbonique, distingo qui sera éclairci plus loin).

Que faire pour accroître le temps d'apnée ?

Il y a trois procédés.

- Le premier consiste à maîtriser cette sensation d'étouffement. C'est ce que font certains plongeurs, avec des techniques s'apparentant au yoga (les mêmes qui permettraient par exemple de maîtriser une douleur).

- Le second consiste à tenter d'emmagasiner le plus d'air possible avant de retenir sa respiration, par exemple pour plonger sous l'eau.

- Le troisième consiste à pratiquer, avant la plongée, l'hyperventilation.

...Pour accroître son temps de plongée en apnée le troisième procédé est de loin le plus efficace, mais aussi le plus dangereux. Voyons pourquoi. Pour "s'hyperventiler" le plongeur va haleter pendant un temps plus ou moins long. Ce faisant il ne prend pas forcément de puissantes inspirations, mais ventile efficacement ses poumons. Il évacue ce faisant l'air résiduel en le remplaçant par de l'air frais. On sait que lors d'une respiration normale, tout l'air contenu dans les poumons n'est pas renouvelé à chaque expiration-inspiration. Ce mécanisme d'expiration-inspiration est commandé par un muscle : le diaphragme, et dans une plus faible mesure par les muscles qui abaissent et élèvent les côtes. Mais le procédé à ses limites. Ce faisant on ne saurait vider ses poumons de tout l'air qu'ils contiennent. En ventilant le volume pulmonaire par halètement on renouvelle pratiquement totalement cet air. Les poumons contiennent alors un fluide qui est identique à l'air ambiant et non un mélange d'air inhalé et d'un air résiduel, chargé en gaz carbonique, cette charge étant issue de respirations précédentes.

...En clair : l'hyperventilation diminue la quantité de CO2 contenue dans l'air pulmonaire. L'hémoglobine du sang est une molécule capable d'absorber et de véhiculer à l'a fois l'oxygène (oxy-hémoglobine) et le gaz carbonique (carbohémoglobine). L'hyperventilation diminue donc non seulement la quantité de CO2 contenue dans les poumons mais également celle contenue dans le sang.

...On ne peut pas accroître le pourcentage d'oxygène contenu dans l'air atmosphérique (vingt pour cent, le reste étant constitué d'azote). Mais on peut accroître la quantité d'oxygène contenue dans le sang. Si on poursuit cette activité d'hyperventilation, au bout de quelques dizaines de secondes on éprouve une sensation de vertige, phénomène qui traduit l'enrichissement du sang en oxygène. Si on bloque alors sa respiration, en surface ou sous un mètre d'eau, dans une piscine, en restant parfaitement immobile, on sera surpris de l'accroissement de la performance en apnée. Des temps d'apnée d'une minute peuvent ainsi être obtenus assez rapidement. Avec quelqu'entraînement. Beaucoup de sujets peuvent atteindre une minute (toujours dans la moindre activité physique), le maximum humain (pour les "recordmen de la spécialité" ) se situant aux environs de trois à quatre minutes.

Pourquoi arrive-t-on à tenir si longtemps sans respirer ?

...Ce n'est pas tant parce qu'on a réussi à charger le sang en oxygène que parce qu'on a, avant l'apnée, appauvri celui-ci en gaz carbonique. Or ce dernier joue le rôle d'avertisseur de danger. Ce danger, quel est-il ? C'est la syncope, qui se manifeste lorsque le taux d'oxygène dans le sang descend en dessous d'un certain seuil. Celle-ci est extrêmement dangereuse car il n'y a aucun signe avertisseur, comme par exemple une sensation de malaise. Elle est instantanée et se traduit par une perte de conscience du sujet, sans reprise de l'activité respiratoire. Celui qui se noie de cette façonl gardera ses poumons secs. On voit donc comment fonctionne l'apnée après hyperventilation. Un plongeur qui utilise cette technique accroît notablement ses performance mais ce faisant débranche son dispositif d'alarme (la sensation d'étouffement liée à la montée du CO2 dans son sang). Il peut donc tomber en syncope sans avoir ressenti le moindre inconfort, la moindre sensation d'étouffement.

...Ceci est un premier point. L'apnée est principalement utilisée pour pratiquer la plongée libre. Dans ces conditions le plongeur se demandera :

- Dans la mesure où je souhaite gagner une profondeur donnée, ai-je intérêt à palmer puissamment, pour atteindre cette profondeur d'évolution le plus vite possible, dans ce temps d'apnée qui n'est imparti, ou au contraire dois-je minimiser mes efforts physiques, à la fois pendant la descente, la station au fond et le remontée ?

...C'est la seconde réponse qui est la bonne. Le plongeur en apnée nage, plonge, évolue à l'économie. Pas de gestes brusques, par d'efforts musculaires intenses, corrélatifs d'un accroissement de la consommation d'oxygène. Soigneusement lesté, le plongeur descendra lentement et remontera de même (c'est à dire sans précipitation). L'habit de plongée, la combinaison protégeant du froid, est indispensasable, sauf dans des eaux très chaudes. La lutte contre le froid s'accompagne en effet d'un fort accroissement de la consommation d'oxygène.

...Tout effort inutile sera évité, toute consommation inutile sera évitée, et dans ce cadre se situe l'intense consommation d'oxygène que représente tout simplement l'activité intellectuelle, la pensée, le simple "fonctionnement de l'encéphale". Celle-ci est loin d'être négligeable. Si un sujet faisait, à l'air libre, des expériences d'apnée, il aurait la surprise de s'apercevoir que sa performance baisserait sensiblement si, pendant qu'il retient sa respiration, il se livrait par exemple à de savants calculs. Ainsi, consciemment ou inconsciemment, l'apnéiste s'habitue, en plongée, à pratiquer la "non-pensée". S'il se "vide la tête"' sa performance n'en sera que meilleure. Ce faisant, il pratique, sans le savoir, le B-A-BA des techniques de la méditation (Bouddhiste, Indouïste ou Yogi).

...Les "maîtres" qui incitent leurs élèves à "méditer" commencent par leur dire "refoulez, stoppez le flux de vos pensées". Que se passe-t-il alors ? Je n'ai pas compétence pour le dire. Soit l'activité méditative, même de brève durée, met l'être humain en contact avec quelqu'activité mentale que l'on pourrait qualifier de transcendante, modifie son "état de conscience", soit le cerveau envoit l'oxygène vers des centres ordinairement moins alimentés (les centres de la pensée consciente ayant, dans un état de conscience normal, tendance à capter celui-ci en priorité).Le résultat est une sensation de bien-être, que ressentent tous les plongeurs en apnée. L'apnée performante est synonyme de bien-être, sinon elle n'est pas performante, tout simplement parce qu'elle ne peut se pratiquer qu'en état de non-pensée.

...Avant même d'accéder à l'illumination, au nirvanà, grâce à la non-pensée, l'apnéiste apprécie de devoir spontanément acquérir cette attitude, ce qui ne peut que faire du bien quand on est stressé, ou parcouru par des pensées obsédantes. La plongée en apnée permet en outre, évidemment, d'apprécier la beauté de quelque paysage sous-marin. Mais la dimension mystique qu'elle acquiert chez nombre de plongeurs se fonde sur une réalité tout à fait objective, dont peu ont conscience.

...Sur le simple plan des capacités de la machine physique, des plongeurs peuvent atteindre des fonds de trente mètres, en plongée libre, en pratiquant des apnées d'une minute et demie à deux minutes. Certains sujets "particulièrement doués" peuvent même faire plus. Cette activité s'apparente à la roulette russe. Ces "surhommes" ne font que réduire dangereusement la distance qui les sépare de la syncope mortelle.

...Alors, que faire ? Décréter une bonne fois pour toutes que l'apnée est un sport hyper-dangereux ou essayer de trouver un moyen terme, un compromis ?

...Avant de hasarder des chiffres, il faut être informé. La fatigue, par exemple, accroît considérablement le danger. Cela peut être le surmenage, le manque de sommeil, n'importe quelle cause de fatigue.

...Quand j'avais une vingtaine d'années, je pratiquais la plongée en apnée, pendant mes vacances. L'hiver il m'arrivait d'aller nager dans une piscine d'une longueur de cinquante mètres (la piscine des Tourelles, à Paris).En bonne condition physique je pouvais ainsi parcourir, sous un mètre d'eau et avec des palmes, toute la longueur de la piscine (ce qui aurait été équivalent à un aller-retour à une profondeur d'une vingtaine de mètres). L'apnée en faible profondeur peut ainsi semble sans danger. Grave erreur. A cette époque j'étais en pleine préparation des concours d'entrée dans les Grandes Ecoles. Je dormais peu, mal, et je travaillais beaucoup. J'avais donc pensé qu'aller faire un peu de plongée en piscine me ferait du bien. Sur les lieux, sans ressentir un épuisement physique notable, je fis donc une longueur de piscine, dans bassin qui était ce jour-là presque désert, ce que j'avais déjà fait de nombreuses fois, mais en bonne condition physique. Le hasard fit que je parcourus le plan d'eau dans le sens grand bain, petit bain. Je n'atteignis jamais le bord de la piscine, au terme de cette nage sous-marine de cinquante mètres. Vers quarante mètre, ce fut la syncope, instantanée, sans le moindre signe précuseur, sans le moindre souvenir. Je suppose qu'un baigneur tomba sur mon corps inerte, flottant entre deux eaux, et donna l'alarme. Je repris conscience sur le bord de la piscine, réanimé par le surveillant du bassin.

...Imaginez ce qui se serait passé si j'avais fait le trajet dans le sens inverse. Le bassin des Tourelles de Paris possède un plongeoir de dix mètres, qui surplombe un grand bain où la profondeur est de cinq mètres. En effectuant ma nage sous-marine en direction du grand bain, j'aurais pu prendre de la profondeur en fin de course et tomber en syncope à ce moment-là. La flotabilité d'un corps humain dépend de la profondeur de son immersion, même poumons entièrement remplis d'air, la pression comprime celui qui est contenu dans la cage thoracique, diminuant d'autant la poussée d'Archimède.

...En tombant en syncope sous un mètre d'eau, je suis remonté naturellement vers la surface, en conservant l'air qui était dans mes poumons, même si j'en ai perdu un peu au passage. Sous quelques mètres d'eau j'aurais coulé à pic, je n'aurais plus été aussi facilement repérable et quand on se serait aperçu de la présence au fond de ce grand bain d'un corps inanimé, il aurait été trop tard.

...Dès que la syncope intervient, les cellules de l'encéphale cessent d'être alimentées en oxygène. Or leur autonomie est faible. Si on a pu parfois récupérer des noyés après des temps d'imersion relativement importants, parfois dans des eaux glaciales, le fait reste tout à fait exceptionnel. On peut considérer qu'un individu qui a été en privation complête d'oxygène pendant un temps de l'ordre de cinq à dix minutes est tout simplement mort, irrécupérable.

...Vous noterez que lorsque des sauveteurs pratiquent le bouche à bouche sur un noyé, ils ventilent, ce faisant, ses poumons, non avec de l'air atmosphérique mais avec celui qu'il exhalent, qui est plus chargé en gaz carbonique, espérant ainsi plus rapidement entraîner la reprise du réflexe respiratoire, qui est "piloté" par le taux de CO2.

...Pourquoi a-t-on "tendance à respirer ?" Tout simplement parce qu'avec le temps le taux de CO2 monte dans le sang et que, passé un certain seuil, le bulbe rachidien, qui reçoit l'information, déclenche aussitôt le geste d'inhalation. Sinon les individus devraient décider consciemment de respirer, ou partiraient en syncope.

...La fatigue accroît, comme on l'a vu, les dangers liés à l'apnée, qui sont toujours présents. Même chose pour le froid. Dans une eau plus froide, le rythme cardiaque sera accru, de même que le métabolisme cellulaire. Pour qu'il joue son rôle de pompe, le coeur consomme également le précieux oxygène. En eau plus froide, même avec une combinaison protectrice, les performances de l'apnéiste devront être révisées à la baisse. Le problème gravissime de l'apnée est que personne ne peut savoir, à un instant donné, et dans des configurations données, où se situe la limite. On ne peut pas répondre à la question "aujourd'hui, dans cette condition physique qui est la mienne, et dans cette eau-là, combien de temps d'apnée pourrais-je envisager avant de partir en syncope ?", à moins... de faire l'expérience. Il est plus que probable que de très nombreuses fois des gens sont passés à une fraction de seconde de la mort sans même s'en apercevoir.

...Pendant la plongée, tout effort brusque s'accompagne d'une surconsommation d'oxygène, susceptible de faire descendre le taux en dessus du seuil fatidique. C'est ainsi qu'est mort mon ami Josso, en Corse, il y a 40 ans. Nous avions été étudiants ensemble à l'école Nationale Supérieure de l'Aéronautique de Paris, en 60. Josso faisait de la plongée avec la famille de Roubaix. Madame de Roubaix avait été chapionne féminine de chasse sous-marine. Son fils, François, qui devint plus tard un musicien célèbre (musique des films Le Aventuriers, avec Delon et Ventura, ou la Scoumoune, avec Belmondo, par exemple). Tous ces gens étaient "passionnés de chasse sous-marine" et les fonds marins de la Corse étaient encore à cette époque, très riches. Josso pratiquait l'apnée sans excès. Du moins c'est ce qui lui semblait. Mais un jour, par une douzaine demètres de fond, il tira un mérou, qui alla se caler sur une pierre. Josso se glissa dans cette anfractuosité et fit des efforts pour arracher la bête à son refuge, ce qui, du fait de la consommation d'oxygène, provoqua chez lui une syncope mortelle.

...Un plongeur bien entraîné peut descendre à quinze-vingt mètres, s'il se trouve à proximité quelqu'un qui ne le perd pas des yeux et est susceptible de lui porter immédiatement secours (et non de constituer un second candidat à la noyade). Les championnat de chasse sous-marine ne se pratiquent pas dans dix mètres d'eau. Les fonds réellement poissonneux, surtout dans nos régions, correspondent à des profondeurs plus importantes. Ces championnats se mènent en tandems. Les membres de l'équipe plonge chacun leur tour, chacun veillant à la sécurité de l'autre. Mais la chasse sous-marine à profondeur importante, en solo, n'est rien d'autre que de la roulette russe.

...Nous avons évoqué plus haut "la pression partielle d'oxygène". De fait, le taux de transfert de cet oxygène dans le sang dépend de la densité des molécules qui sont au voisinage des cellules sanguines. Plus cette densité est importante, plus ce transfert est intense. C'est assez logique. Ainsi, lorsque les plongeurs professionnels effectuent des plongées à grande profondeur (au delà de cent mètres) ils utilisent des mélanges où le pourcentage d'oxygène est abaissé bien en deçà des vingt pour cent des conditions standard, sinon ce oxygène deviendrait "trop oxydant". Dès le début de la plongée avec appareil les gens qui voulurent descendre en plongeant à l'oxygène pur furent en proie à des convulsions. A trop forte concentration l'oxygène se comporte donc comme un toxique.

...Lorsqu'un plongeur descend à vingt mètres en apnée il évolue sous une pression égale à trois fois la pression atmosphérique. Ainsi le sang peut continuer à se trouver alimenter en oxygène, alors que ce dernier s'est déjà fait plus rare dans l'air contenu dans ses poumons. Le rythme d'afflux d'oxygène se maintient, avec un air plus pauvre, du fait que la pression est trois plus élevée et qu'ainsi la densité des molécules d'oxygène au voisinage des cellules sanguines est aussi trois fois plus élevée.

...La situation s'inverse à la remontée. La corps humain réagit non seulement à la baisse du taux d'oxygène dans le sang, mais aussi à la baisse du rythme de cet afflux d'oxygène. Or, lorsque le plongeur remonte, il passe d'un milieu où règne une pression égale à trois ou quatre fois la pression atmospéhrique à une pression voisine d'une atmopshère, juste sous la surface. Le rythme de l'afflux sanguin s'effondre alors. Ainsi, nombre de syncopes mortelles ont lieu à la remontée. Les spécialistes parlent même du "rendez-vous syncopal des neuf mètres".

...Ainsi, quand il est au fond, alors que l'oxygène qu'il a dans les poumons ne lui permettra pas de revenir vivant à l'air libre, le plongeur se sent très bien. Pour peu qu'il se prenne pour un surhomme, il ne prendra pas la décision de remonter à temps et payera son erreur fatale à la sortie.

...A partir de quelques mètres de profondeur la compression de l'air (celui qui est contenu dans les poumons du plongeur et celui qui l'est dans les alvéoles de son habit de plongée) lui donnent une flotabilité négative. Celui qui entre en syncope en remontant n'atteindra pas la surface, mais coulera au fond.

...Soyons clairs. Si vous devez retenir une chose de cet article : l'apnée profonde n'est pas un sport, c'est une connerie inqualifiable. L'apnée n'a nullement "progressé". La machine humaine est restée la même. Simplement, au lieu de se tenir à une distance respectueuse de la catastrophe, par exemple à t moins une minute, on s'en approche de façon inconsciente et morbide. Les adeptes de l'apnée de longue durée, de l'apnée profonde en solo, sont simplement des gens qui flirtent avec la mort en refaisant surface quelques secondes avant la syncope mortelle, en le sachant ou en ne le sachant pas.

...Au mieux, on recevra un "avertissement sans frais". Au pire, ce sera l'irrémédiable.

......Il y a une dizaine ou une quinzaine d'années est né un engouement pour la plongée libre à grande profondeur. Deux personnes sont directement responsables de ce phénomène. La première est le plongeur Jacques Mayol.

......Dès que la plongée se développa, dans l'immédiat après-guerre, les gens voulurent savoir "jusqu'où on pourrait aller". Des "surhommes" se lancèrent ainsi à la course à la performance, dont cette force de la nature qu'était l'italien Enzo Majorca. Il est un fait que les hommes sont diversement équipés pour pratiquer la plongée en apnée. Les limites de l'un ne seront pas automatiquement celles de l'autre. Mais dans tous les cas ces limites existent et plus d'un champion perdit la vie en atteignant les siennes. Dans le domaine des sports à risques, et l'apnée en est un, de toute évidence, rien n'est plus dangereux que de se croire supérieur au reste de la race humaine. C'est valable pour nombre d'activités, comme l'escalade à main nue, sans assurance, etc.

...Mayol s'orienta vers un type de performance assez différent. Au lieu de descendre à de profondeurs croissantes par ses propres moyens, il le fit lesté par une lourde gueuse, fixée à un équipage mobile courant le long d'un câble.

...La remontée s'effectuait à l'aide d'un ballon gonflé, toujours dans l'optique d'éviter au maximum les efforts physiques, entraînant une dépense d'oxygène. Grâce à cette technique Mayol fut le premier à dépasser "les cent mètres de profondeur" en "plongée libre". Disons tout de suite que ces exploits étaient relayés par une kyrielle de plongeurs équipés de bouteilles, échelonnés tout au long de la descente. Ainsi les risques pris par Mayol étaient-ils inexistants. En cas de syncope ou de malaise, l'un de ceux qui ne le quittaient pas de l'oeil l'aurait immédiatement ramené très répidement à la surface. Il mourra vraisemblablement dans son lit.

...Intérêt de ce type d'activité : assez faible. On sait que l'air contenu dans les poumons est comprimé lorsque le plongeur descend. A dix mètres de profondeur, son volume thoracique est réduit de moitié (loi de Mariotte : la pression est doublée, dix mètres d'eau équivalant à une atmosphère). A cent mètres de profondeur l'air contenu dans les poumons voit son volume réduit d'un facteur dix. On avait craint alors que cette compression n'entraîne la rupture des côtes, mais il n'en fut rien. C'était simplement le diaphragme qui remontait dans la cage thoracique. On savait également que le rythme respiratoire diminuait au cours des plongée. Un contrôle effectué sur Mayol montra que cette réduction était à la fois sensible et très rapide, comme si le corps humain s'adaptait à ces nouvelles conditions.

...Mais l'intérêt était surtout médiatique. Ces exploits étaient plus spectaculaires qu'autre chose. Aujourd'hui personne ne s'intérese plus à ces records, et personne ne sait plus comme s'appelle le recorman de la spécialité, laquelle tient plus du cirque que de l'activité sportive. Mayol utilisa d'ailleurs, à l'insu de tous et pendant de longues années un truc pour réussir ses exploits, qui le contraignaient à des apnées de longue durée, de l'ordre de 3 à 4 minutes. Avant tout nouvel "exploit" il partait séjourner dans les Andes, au lac Titicaca, où il se livrait à la plongée, en altitude. Etant donnée la relative pauvreté en oxygène de l'air à 3000 mètres son sang se modifiait rapidement, s'enrichissait en hémoglobine, comme cela se produit quand les gens séjournent en haute montagne (la composition du sang se modifie en quelques jours). S'il tentait son exploit dans les jours qui suivaient son retour, ses capacités d'apnéistes se trouvaient ainsi artificiellement accrues, par rapport à des gens qui ignoraient ce "truc". On sait que les Allemands de l'Est remportèrent de nombreuses compétitions sportives en traînant leurs champions dans un stade entièrement fermé, maintenu en dépression. Pour assurer ces performances, les sportifs voyaient donc leur sang s'enrichir. A l'air libre ils pouvaient ensuite glaner de nombreuses médailles grace à ce "doping naturel".

...Les performances de Mayol passaient par toute une démonstration de méditation avant l'apnée. Il prétendait avoir suivi une initiation chez un moine zen. En sortant de l'eau notre "moine plongeur" poussait d'ailleurs un "cri primal", etc.. tout cela pour la grande joie des caméramen présents.

...Le cinéaste Luc Besson décida un jour de porter à l'écran la vie de Jacques Mayol. Il était lui même plongeur et connaissait "l'homme-dauphin" de longue date. Le résultat fut un "film-culte" : le Grand Bleu, qui connut un succès planétaire.

...Indéniablement, Besson est un très bon cinéaste, qui sait choisir ses plans, ses éclairages, ses acteurs. Le film conte l'histoire d'un homme (Mayol accepta que le personnage de l'histoire, évidemment romancée, porte son propre nom) sur qui l'apnée exerce une véritable fascination. Le film est ponctué de compétitions, de records. Une femme tente vainement de détourner le "héros" de cette course vers les abysses, qui lui paraît toucher à l'absurdité. Dans la dernière scène du film, cette femme apprend à "Jacques Mayol" qu'elle est enceinte de lui, ce qui ne le détourne pas, au contraire, de son obsession. On le voit une dernière fois s'enfoncer vers des eaux où, à une telle profondeur, règne l'obscurité. Des dauphins viennent alors à sa rencontre et "l'homme dauphin" s'enfonce dans l'obscurité, loin de la tache lumineuse créée par des projecteurs, en les suivant.

...Homo Delphinus était d'ailleurs le titre d'un livre publié quelques années plus tôt par Jacques Mayol. Celui-ci était convaincu que l'homme était issu, non d'un préhominien pédestre, mais d'un "singe nageur", idée qu'il ne manquait aucune occasion de brandir. La fascination issue de ce film et ces idées absurdes firent cinq cent morts de par le monde, en particulier chez les jeunes. Une revue vit le jour, en France : Apnea, où on expliquait les bases de la "plongée extrême". Parmi les victimes de ce désastre : mon fils Jean-Christophe qui se noya au large de Marseille durant l'été 1990. Il avait vingt trois ans.

....Je lui avais enseigné la plongée dès son adolescence et il avait, avec moi, pratiqué la chasse sous-marine, donc l'apnée, dans différentes mers du monde, en particulier aux Caraïbes et en Mer Rouge. Mais, fort de ma propre expérience, contée plus haut, je l'avais dès le départ averti des limites strictes de cette activité. En dépit d'une bonne prédisposition, nous nous étions toujours contentés d'apnées n'excédant pas une douzaine de mètre et une trentaine de secondes, ce qui nous plaçait très en deça de nos possibilités réelles, je le savais. A mon insu, le film le Grand Bleu, dont je sus plus tard qu'il l'avait vu cinq fois, allait exercer sur mon fils son attrait mortel. Suivant les "conseils techniques" de cette revue Apnea, qu'on retrouva sur le bateau qui l'avait amené à l'aplomb de l'épave du Saint Dominique, située à trente mètres de fond, il avait vite accru la profondeur et la durée de ses apnées, sans que je sois mis au courant de cette dérive. Les conditions de son décès sont révélatrices de l'impact de ces idées absurdes dans le monde de la plongée.

......Mon fils avait fait la connaissance d'un commerçant, Pierre Vogel, qui possédait le magasin "Le Vieux Plongeur", à Marseille. Vogel, aujourd'hui décédé, avait été un des pionniers de la plongée dans cette région. Un jour de juillet quatre vingt dix il emmena donc mon fils sur son bateau, le but étant d'effectuer une plongée sur une épave d'une trentaine de mètres de long, celle du voilier le Saint Dominique, située non loin de Marseille. Agé d'une soixantaine d'années, Vogel continuait la plongée avec bouteilles. Avaient pris place sur son bateau ce jour-là, outre mon fils, quatre autres personnes : le docteur Saint Jean, un médecin très au fait des problèmes liés à la plongée sous-marine, le professeur Ebersoldt, une sorte de "Cousteau Allemand", auteur d'ouvrages sur le sujet et Barrillo, un brésilien, tous trois plongeurs chevronnés. Ebersoldt était également accompagné de son fils, adolescent, qui ne plongea pas ce jour-là. Les quatre plongeurs, équipés d'habits et de bouteilles, plongèrent en direction du pont du Saint Dominique, après que leur bateau ait jeté l'ancre. Pendant qu'ils étaient en train de visiter l'épave, mon fils commença à jouer au ludion, descendant à trente mètres de profondeur en apnée, et venant se joindre à eux. Ebersoldt prit une première photo de lui à ce moment-là, au niveau du château arrière de l'épave. Aucun des trois ne s'inquiéta du comportement de mon fils. Après l'accident, Pierre Vogel me tint ces propos (je lui avais demandé l'autorisation de l'enregistrer) :

- L'apnée a beaucoup progressé (...). Cela n'a plus rien à voir avec ce que vous avez connu. Les plongeurs qui chassent ou descendent à ces profondeurs sont devenus maintenant très nombreux.... les clients, on les surveille comme le lait sur le feu, mais les amis, ils font ce qu'ils veulent (...)

...Le fait de voir un jeune effectuer à proximité des apnées à trente mètres n'avait nullement inquiété ces trois hommes, âgés de cinquante à soixante ans, qui s'en allèrent poursuivre plus loin leur plongée sans plus s'inquiéter de lui. A l'issue de celle-ci, ils remontèrent en effectuant leur palier. Ca n'est qu'après s'être déséquipé que Vogel, le premier, questionna le fils d'Ebersoldt à propos "du plongeur".

- Non, je ne l'ai pas vu depuis un bon moment, répondit l'adolescent (le bateau était à plusieurs kilomètres de la côte).

...Dans la panique la plus complête les trois hommes se rééquipèrent, tout en tentant de repositionner le bateau à la verticale de l'épave, à l'aide d'amers (repères pris sur la côte). Entre temps ils avaient levé l'ancre et le navire avait dérivé. Quand ils récupérèrent le corps de mon fils, il était trop tard, en dépit des efforts déployés par le docteur Saint-Jean.

...Bien que j'aie été successivement en contact avec les quatres plongeurs je n'ai jamais pu avoir de version cohérente de cet accident. Vogel, qui semblait au départ bien sûr de lui, commença par le cacher la présence du quatrième plongeur, le brésilien ("Nous étions trois, le docteur Saint Jean Ebersoldt et moi..."). L'Allemand, contacté téléphoniquement, se déroba lorsque je lui demandai dans quelles conditions il avait pris une photo de mon fils, mort, étendu sur le pont de l'épave, cliché que Vogel m'avait fait parvenir par la poste. Par le docteur Saint Jean, j'appris l'existence de ce quatrième plongeur. Lors d'un nouveau contact, Vogel se troubla ("Ah oui, je me souviens, nous étions quatre..."). Bien sûr, mon fils n'avait pas été victime d'intentions criminelles, mais il me parut clair que ces quatre-là n'étaient pas bien fiers de ce qui s'était passé ce jour-là.

...On ne refait pas le passé, on ne ramène pas des gens à la vie. Mais à cette époque-là quatre plongeurs expérimentés, qui n'étaient pas des pieds-tendres de la plongée, et dont l'un était médecin, en étaient arrivés à considérer l'activité de plongée profonde en apnée, pratiquée seul, comme un évênement normal, banal, n'appelant aucune réaction de leur part.

...Cet accident fut suivi par de nombreux autres, de par le monde. Mayol continua sa croisade en faveur de la plongée en apnée. Aucun journaliste ne s'intéressa à la question. Bien au contraire, des séquences télévisées montrèrent, pendant que Nicolas Hulot volait en ulm sans casque, divers exploits en apnée. Je me souviens d'un homme qui avait montré comment il pouvait rester sous l'eau quatre minutes, en piscine. De quoi susciter des vocations...

...Il faut bien conclure. L'apnée est-elle dangereuse ? Faut-il la proscrire ?

.Nous avons vu que le danger était toujours présent, celui d'une syncope se manifestant sans le moindre signe avertisseur.

...Danger qui se trouve décuplé si le sujet est fatigué, si l'eau est froide. L'apnée en tant que "sport extrême" est une aberration complête, s'apparentant à la roulette russe. La machine humaine n'a fait aucun progrès. Au lieu de pratiquer cette activité à distance respectueuse de cette dangereuse syncope, en limitant drastiquement les temps de plongée à une trentaine de secondes, même pour les plongeurs les plus "doués" et les plus entraînés, les "champions" ne font que flirter avec la mort, à t moins dix secondes, t moins....

...En pleine forme, après une initiation progressive, avec un bon équipement, en particulier un habit de plongée, protégeant du froid : trente secondes, dix mètres, en plongeant à deux et en ne se quittant pas de l'oeil, voilà le raisonnable, en intercalant entre deux plongées cinq minutes de récupération, minimum, et en limitant le temps d'exercice de cette activité. Car l'apnée est fatigante. Si l'individu est en forme, l'apnée intensive pourra à elle seule, mettre sa vie en danger en apportant la fatigue.

...Ce qui est grave c'est que les medias ne s'intéressent nullement à ce sujet, surtout avant la période estivale, où il conviendrait d'avertir les plongeurs. Il est grave aussi que des revues et des hommes (Mayol), des cinéastes (Besson) contribuent à inciter des jeunes à jouer dangereusement avec leur vie. Il serait vain d'espérer qu'un "film-culte" comme Le Grand Bleu soit précédé d'un bref avertissement à l'écran. Mais la mort n'est pas médiatique, héroïque. On préfère parler de "sport extrême". Personne ne montre les corps blèmes des noyés, les corps disloqués des adeptes de l'escalade à mains nues. Quand un personnage connu trouve la mort dans ce genre d'activité, on s'empresse de dire "qu'il a trouvé là la mort qu'il aurait souhaitée" et de jeter de la sciure sur le sang qui macule la piste après que le trapéziste, aveuglé par les feux des projecteurs, se soit écrasé au sol. Etrange façon de faire rêver les gens.

...Quelques mois après la mort de mon fils je rencontrai dans le midi un jeune boulanger qui pratiquait la chasse sous-marine en eau profonde. Descendant couramment à trente mètres, il participait à des compétitions et s'entraînait donc régulièrement avec son coéquipier. Peu de temps après notre rencontre ce dernier le récupéra de justesse, inanimé, sur un fond de trente mètres. Il se le tint pour dit.

...Lui, a eu de la chance.

...Après la mort de mon fils, j'ai essayé d'inventer un système dont les plongeurs pourraient être équipés, et limiterait leur temps de plongée en apnée. Pour connaître ce dispositif, cliquer ici.


6 février 2003
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Un certain Sébastien Cazin a eu une idée étonnament simple et originale. Il y a une quinzaine d'année, quand les premiers ulm virent le jour c'étaient de simples ailes delta motorisée. Le pilote était en position à plat ventre et tenait sa barre de contrôle des deux mains. Le moteur était derrière, avec une hélice propulsive. On craignit à l'époque qu'en cas de crash avec un moteur en marche l'ensemble, suspendu sous l'appareil, ne dégringole sur le pilote, celui-ci pouvant être blessé par l'hélice. Le constructeur mit donc un système très simple (qui, je crois, fut aussi en usage dans les premiers parapentes motorisés) où le pilote tenait simplement dans ses dents un coupe-circuit. S'il ouvrait la bouche un ressort ouvrait cette pince, le contact était coupé et le moteur aussitôt stoppé. On peut donc imaginer un système similaire, solidaire de l'embout du plongeur. Tant que celui-ci le tient entre ses dents, au prix d'une légère pression, cela empêche un système de déclenchement d'une cartouche de CO2 de se déclencher. Mais en cas de syncope les muscles se relâchent, l'embout est libéré et le système de sauvetage est automatiquement déclenché.

Pour éviter tout déclenchement intempestif le plongeur peut armer son dispositif de sécurité manuellement quand il estime faire "des plongées à risque", c'est à dire dès qu'il s'aventure au delà d'une dizaine ou une quinzaine de mètres de fond, pas quand il est en maraude en surface ou près de la surface. Il doit pouvoir armer et désarmer son système d'un geste de la main pour pouvoir après conserver ses deux mains libres. Un geste d'armement qui consisterait simplement à rendre possible l'extension d'un ressort. En position verrouillée le plongeur aurait entre les dents un "embout normal".

Mais, à terme, la solution sera simplement un ensemble bathymètre-déclencheur intégré. Il existe déjà des "ordinateurs de plongée" couplés à un bathymètre qu'utilisent ceux qui pratiquent la plongée avec bouteilles. Tout cela est donc déjà fiable et au point. Il suffira qu'un jour un constructeur se décide enfin à produire un harnais couplé à ce dispositif programmé pour déclencher le gonflage dès que le temps d'immersion sera supérieur à un temps donné, programmable. Par exemple deux minutes. L'appareil refera de plus automatiquement "son zéro" en surface, hors de l'eau, pour tenir compte des variations barométriques. Il y a un "marché" à échelle internationale, celui de la sécurité en apnée. Etant donné que la mise au point de capteurs de pression fiables est déjà un problème résolu les sociétés qui fabriquent des "ordinateurs" destinés aux plongeurs pourraient très facilement sortir ce produit. Un jour, cela se fera. La sécurité des gens qui plongent avec des bouteilles a fait beaucoup de progrès. Tous, pratiquement, plongent avec des mae west qui font partie intégrante de leur équipement. Ils peuvent avoir accès à la pression de leurs bouteilles grâce à un mano. Ils disposent d'un embout de secours. Mais dans le domaine de l'apnée rien n'a été fait, et ce sport reste dans la catégorie "sports extrêmes", à haut risque, ce qui est une complète imbécilité. Avec le système ci-dessus il n'y aurait simplement plus aucun mort par apnée dans le monde.

J'ai refait du parachutisme, il y a deux ans. Les parachutes sont maintenant équipés d'un altimètre déclenchant l'ouverture automatiquement, au cas où le parachutiste aurait une syncope ou simplement au cas où, voulant jouer les imbéciles, il tenterait de faire une "ouverture basse". Problème résolu. Cela n'empêche pas les gens de bien s'amuser en faisant de la chûte libre ou de la plongée avec bouteilles. Pourquoi laisser persister en apnée un risque qui pourrait être éliminé ? On ne comprend guère. Le problème est mûr, techniquement résolu. Il faut une volonté derrière, quelqu'un qui tire les bonnes sonnettes, sache simplement plaider une cause puisqu'à la limite un tel système n'est même pas brevetable.


Ces morts qui rapportent.

...Quand mon fils s'est tué, en pratiquant l'apnée à 30 mètres de fond, on a trouvé dans le bateau sur lequel il avait pris place un numéro de la revue "APNEA" qui contenait un article d'initiation à l'apnée profonde. Quand on voit les risques qu'on court à vouloir pratiquer une telle activité on est en droit de se demander ce qui incite les jeunes à s'y lancer. Il y a eu, bien sûr, le formidable impact du "film-culte" Le Grand Bleu, dont la sortie s'accompagna d'un spectaculaire boom du nombre des accident de plongée en apnée, dans tous les pays. Dans un de ses numéros récents, la revue Apnea titrait d'ailleurs "Le Grand Bleu, dix ans après".

...Nous l'avons vu, l'apnée a quelque chose de fascinant, c'est indéniable. Le seul problème est que ceux qui pensent, comme le disait il y a dix ans Pierre Vogel (décédé) que "l'apnée a beaucoup progressé" ignorent en général les risques qu'ils courent. Les fédération recommandent, bien sûr, de pratiquer ce sport à deux, un coéquipier étant toujours à même de porter secours à un plongeur victime d'une syncope. Mais encore faut-il que cela soit faisable. J'ai lu, toujours dans Apnea, que certains chasseurs opéraient maintenant à 38 mètres de fond, pratiquant "l'agachon", c'est à dire la pêche à l'affût. Quel superman-coéquipier serait alors à même de porter secours à un chasseur sous-martin victime d'une syncope à une telle profondeur ? Rappelons-le, la syncope est instantannée, sans aucun signe précurseur. Celui- qui en est victime n'a aucun moyen d'actionner un quelconque disposif de secours.

...Analysons un peu de problème du secours à plongeurs victime de syncope, à grande profondeur. A trentes mètre de fond, le corps humain et l'habit de plongée sont soumis à une pression de quatre atmosphères. L'habit de néoprème contient de l'air. Tous ceux qui ont fait de la plongée doivent se souvenir de leur surprise de voir une combinaison de cinq ou six millimètres d'épaisseur réduite, à 60 mètres, sous l'effet de la pression, à l'épaisseur d'une feuille de carton.

...A trente mètres de profondeur tous les gaz "emportés par le plongeur" voient leur volume réduit d'un facteur quatre, qu'il s'agisse de l'air contenu dans ses poumons ou de celui contenu dans sa combinaison de plongée. Même si le chasseur ou l'apnéiste adoptent un lestage qui lui donne, en surface, une certaine flotabilité positive, il seront, au fond, en flotabilité négative, devront développer un certain effort pour s'arracher du fond. Cette flotabilité négative représente quelques kilos.
...Si maintenant un sauveteur s'avise d'essayer de remonter son coéquipier inerte d'un fond de trente mètres, il sera d'une part à la limite de sa propre performance, et devra d'autre part charrier un poids double à la remontée. Le sauveteur pourra, bien sûr, larguer à la fois sa propre ceinture de plomb et celle de son camarade. Mais, dans ce genre de situation, dramatique, garde-t-on tout son sang-froid ? Les plongeurs en tandem ont-ils songé à cet aspect des choses ? Combien ont fait l'effort de vérifier si, en cas de problème, le sauvetage du syncopé pourrait être assuré ?

...Après mise on line de ce dossier sur l'apnée, un journaliste de la revue Octopus a pris contact avec moi. Un de ses meilleurs amis pratiquait ce type de chasse sous-marine à grande profondeur, en tandem. Il eut soudain une syncope, mais son compagnon s'avéra incapable de le ramener en surface et choisit d'alerter un bateau croisant dans le voisinage pour demander du secours, mais celui-ci arriva trop tard. Rappelons que les neurones ne résistent pas à une anoxie supérieure à dix minutes. Or, dix minutes, c'est très court.

...Etant donné le risque encouru, pourquoi, encore une fois, cette course à la performance ? Si on lit une revue comme Apnea on y apprend que le record absolu "d'apnée statique" dépasse maintenant les ... sept minutes ! Au passage, à quoi ressemble une compétition "d'apnée statique" ?

...A ceci. Vous pouvez voir les compétiteurs à plan ventre dans le petit bain d'une piscine, ou plus précisément dans son pateaugeoir, dans trente centimètres d'eau. Pendant l'opération, leur dos émerge. La performance maximale, lors de la rencontre évoquée ci-dessus, fut de six minutes vingt deux secondes. Quand on voit une telle photo on se demande pourquoi utiliser une piscine. Est-ce qu'un simple vestiaire ne ferait pas l'affaire ?

Ci-dessus, un installation olympique où les compétiteurs n'auraient qu'à plonger leur visage dans un lavabo.

...En vérité, il faut bien que le buisness de la plongée puisse tourner. Or les choses ont bien changé depuis ces dernières décennies. Ces jours derniers j'effectuais une plongée, loin en mer, dans des fonds réputés (les îles qui sont au large de Marseille, et plus précisément le récif des Emaillades) où jadis on trouvait de magnifiques éponges, des roses de mer (retepora cellulosa), des haliotides et toutes sortes de merveilles que recèlent les fonds marins. Je ne trouvais plus que des fonds déserts, ratissés par des générations d'élèves-plongeurs, chacun ayant eu à coeur de ramener un petit quelque chose de sa balade. Ne parlons pas de la faune, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'on pouvait trouver dans les années cinquante, ou même soixante. On peut se demander si de tels fonds retrouveront un jour leur richesse d'antan.
...Pour ne pas revenir bredouille, le chasseur sous-marin a été le premier à s'aventurer vers des fonds de plus en plus importants. Jadis, l'apnée emmenait le plongeur vers des mondes peuplés d'une flore et d'une faune fantastique. Sous dix-quinze mètres d'eau, c'était la jungle, la rencontre possible avec un résident de bonne taille. Aujourd'hui les éponges géantes, une des spécialités des fonds méditerranéens, les "nacres" dont certaines atteignaient un mètre de long, ont totalement disparu. L'habitant-type des fonds marins, c'est ... l'oursin. Il a donc fallu promouvoir un nouveau sport : l'apnée, considérée comme une activité en soi. Sans la puissante sponsorisation des marques (montres étanches, matériel sous marin) ces spectaculaires exploits n'auraient pas connu un tel écho. Plus haut, nous avions cité le pionnier de cette "discipline" : le Marseillais Jacques Mayol. Accroché à sa gueuse il atteignait ainsi cent mètres. Mais nous n'en sommes plus là. Ces records, si on se fonde sur le texte du numéro d'avril 2000 d'Apnea, avaient commencé par progresser lentement. Après le mur des cent mètres, spectaculaire, des progrès timides avaient été enregistrés: 102 mètres, puis 104, etc...

...Le public et les medias se lassèrent vite de tels sauts de puce. Comme il est écrit dans ce numéro d'Apnea, page 66 "deux mètres ne font plus recette". Or qui dit medias dit... publicité. Les sponsors exigèrent des progrès plus spectaculaires. Le leader en la matière est un nommé Francisco Ferreiras, surnommé "Pipin". Plongée à l'aide d'une gueuse. Remontée accroché à un ballon.

...Simple remarque : ceci équivaut à comprimer un bonhomme sous dix-sept atmosphères, en une minute et demie, puis de le décomprimer dans le même temps. Mais l'image d'un être humain s'enfonçant dans les abysses, accroché à son lest, est plus fascinante et, disons-le, plus morbide. Notez la présence de la caméra, accrochée au disposif. Le public aime les jeux du cirque.
...Le 15 janvier 2000 Pipin effectue une première tentative, en visant les 162 mètres. Il a mis au point une technique consistant à "noyer ses sinus". Mais la météo est médiocre. Un poil de courant l'oblige à palmer pour rejoindre son point de départ. Les plongeurs d'assistance étant déjà en place, et ceux-là ne peuvent séjourner longtemps à de telles profondeurs, à cause de la contrainte des paliers de décompression, dont l'apnéiste-kamikaze n'a pas besoin : son séjour dans les abysses est trop bref pour que son sang ait le temps de se charger en azote. "Pipin ne dispose que d'une minute pour se ventiler" (pour bloquer le système avertisseur lié à la montée du taux de CO2 dans le sang, voir plus haut). Il s'enfonce et partira en syncope à quatre mètres de la surface ("ceci étant dû à l'effort qu'il a dû fournir avant sa tentative"). .
...Qu'à cela ne tienne. L'équipe médicale considère qu'il pourra remettre cela dès le lendemain. Et le jour suivant, c'est l'exploit. En fait, selon les propres termes de Pipin, "c'est une porte ouverte vers les deux cent mètres", grâce à cette technique de "noyage des sinus" dont Pipin promet de révéler le secret et qui permet de "compenser" beaucoup plus rapidement. Dans ces conditions, avec un caisson lesté profilé, pourquoi ne pas, un jour, envisager les 300 mètres, voire plus ?

...L'avenir est donc assuré. Les medias suivront, les sponsors aussi. Tout le monde voudra acheter la paire de palmes ou la combinaison avec laquelle Pipin a établi son record.

..."L'apnée statique" se développe. On ne compte plus maintenant les villes où des individus des deux sexes, regroupés en clubs, baignent, le nez vers le fond, dans les pateaugeoirs des piscines municipales. Fédération, homologation, rencontres, couvertures médiatiques. N'importe quel clampin peut rêver de devenir, un jour, un recordman, de connaître les feux de la rampe. Point n'est besoin d'avoir des muscles, une détente rapide, "tout est dans la tête".

...Soyons clairs : ces exploits n'offrent aucun intéret, pas plus "l'apnée statique" que cette folle course aux abysses, entraîné par une gueuse et remonté par un ballon. Cela rappelle l'époque où, dans les années cinquante, un catcheur connu empêchait un avion de décoller en tenant une corde entre ses dents, ou les records de vitesse en bicyclette (cent kilomètres à l'heure, ou plus, "sucé" par un pare-vent attaché à un véhicule). Mais ne cherchez pas : cette course à l'accident mortel, cette incitation à la catastrophe, qui la pilote ? Le public, relayé par les medias et par le sens des affaires de fabriquants de matériels dont l'un, fort connu, aujourd'hui principal sponsor des activités liée à l'apnée, m'avait dit lorsque je lui avais fait la démonstration du dispositif de secours présent sur ce site :

- La sécurité n'est pas un créneau porteur.


Les réactions.

...Quelques jours après la mise en place de ce texte sur mon site j'ai eu des réactions, toutes positives.Les premières émanaient de jeunes qui m'écrivaient "Monsieur, mes camarades et moi avons pratiqué l'apnée profonde. Nous ne savions pas tout cela et nous réalisons que nous sommes peut-être passés maintes fois à un cheveu de la mort sans en être conscients."
...Une école de plongée m'a annoncé qu'elle avait décidé de mettre un lien de son site vers le mien, pour l'éducation de ses adhérents, tout en faisant remarquer que les clubs avaient beaucoup profité de l'impact du film le Grand Bleu en enregistrant des nombres d'adhésions record avec le lancement du film.
...Certes, mais on peut aussi évaluer à plus de cinq cent l'accroissement des accidents mortels, liés à l'apnée, dans l'année qui suivit la sortie du film, dont près de cinquante pour le seul pays France.

18 mai 2000

Un courrier de M.Duhamel, de Saint Maur

Monsieur,

....J'ai été surpris de constater que j'ai vécu la même expérience que vous lorsque j'étais en école d'ingénieur. J'avais l'habitude de nager 50 m sous l'eau, en piscine. Un beau jour d'été, à la piscine de Saint-Ouen, je suis resté au fond (comme vous, du côté le moins profond), sans me rendre compte de rien. Je me souviens avoir du me forcer un peu pour atteindre le bout de la piscine, et puis de m'être réveillé allongé sur le bord de la piscine. Entre temps, un camarade d'école qui avait suivi ma démonstration s'était étonné de me voir rester au fond alors que j'étais arrivé au bout. Il a d'abord pensé que j'avais encore un peu de souffle et puis, ne me voyant plus bouger, a prévenu le maitre nageur qui m'a remonté à la surface. Comme vous, je suis donc un rescapé de l'apnée.

Grâce à l'intervention d'un lecteur, Laurent Latxague, cet article a pu être reproduit dans le numéro d'août 2000 de la revue OCTOPUS. Il est vrai, comme déjà évoqué plus haut, qu'un des journalistes de la revue venait de perdre son meilleur ami dans un accident d'apnée. Celui-ci chassait en eau profonde, surveillé par un coéquipier. Mais lorsqu'à la suite d'une plongée trop longue celui-ci est tombé en syncope, à la remonté, et qu'il est retombé sur le fond, son coéquipier n'a pas été capable de le remonter. Il est alors parti chercher du secours, en vain. Espérons que la diffusion de ce texte aura, cet été, sauvé des vies. Espérons aussi qu'un industriel de la plongée s'intéressera au projet de système de sauvetage pour apnéiste victime d'une syncope. De nos jours, tous les plongeurs ont des systèmes de fixation de bouteille avec Mae West incorporée. Jadis, c'était un luxe encombrant et coûteux. Maintenant c'est discret, rationnel. Pourquoi les apnéistes n'aurait-il pas drouit, eux aussi, à la sécurité ?

...Fin août, Thierry Beccaro, animateur de l'émission "C'est l'été", sur FR3, a reçu le responsable de l'association AIDA, Association Internationale pour le Développement de l'Apnée, qui venait annoncer une très proche compétition internationale d'apnée, dans le midi, sous l'égide de cette association, sans doute sponsorisée par les marques de matériels sous-marins; liée à cette"nouvelles discipline sportive, en plein développement". Un plongeur, à côté, faisait la démonstration en effectuant une apnée de plus de quatre minutes. L'activité était banalisée, présentée comme quelque chose d'aussi tranquille que le tennis. Pas un mot sur les dangers encourus. Beccaro se rendait-il compte du risque qu'il faisait courir à ses (jeunes) téléspectateurs ? Probablement, non.

Novembre 2000

...J'ai reçu un courrier d'un membre du bureau de la fédération française de chasse sous-marin. Je souhaiterais qu'il me rappelle son nom pour que je puisse le citer dans ces colonnes. Il m'a d'abord rappelé une chose qui est très importante. Jadis, les apnéistes pratiquaient "l'hyperventilation", c'est à dire qu'ils haletaient selon une période d'une à deux secondes, pendant une à deux minutes. C'est très efficace pour renouveller totalement l'air contenu dans les poumons, qui contient à priori un taux de gaz carbonique supérieur à celui de l'air ambiant. Lorsqu'on pratique une telle hyperventilation, son efficacité se révèle à une sorte d'ivresse qui gagne le pratiquant. Ce faisant, on met la masse sanguine en contact avec cet air moins riche en CO2 et celle-ci s'appauvrit donc en carbo-oxyhémoglobine dont on sait que c'est elle qui engendre la sensation d'étouffement, de "manquer d'air". Considérant que l'apnéiste qui agissait ainsi ne faisait que "débrancher son susytème de sécurité", en ne fondant plus que sur sa propre appréciation du temps écoulé sa décision de mettre un terme à sa plongée, on recommanda aux plongeurs de proscrire cette activité de ventilation forcée "en la remplaçant par une suite de longues inspirations". Or cela revient strictement au même, si on enchaîne une suite de longues inspirations et d'expirations forcées, le résultat étant le remplacement de l'air pulmonaire par de l'air frais.

...Cet homme joint ensuite à sa lettre une suggestion, qui m'a paru extrêmement intéressante. On sait que les chasseurs sous-marins sont censés chasser par équipe de deux (mais on a vu, selon le témoignage d'un journaliste de la revue Octopus, qu'un équipier pouvait se trouver dans l'incapacité de porter secours à son compagnon). Mon correspondant suggérait donc de doter les deux équipiers d'un gilet de sauvetage, gonflable à l'aide d'une petite cartouche de CO2, mais comme la syncope survenant en apnée ne présente aucun signe précurseur, c'est l'équipier qui, constatant que son camarade gît, inanimé, pourrait déclencher à distance le dispositif de secours "par radio". L'inconvénient est que les ondes radios se propagent très mal sous l'eau. Par contre ça n'est pas le cas des ultra-sons, très faciles à produire. Un tel système pourrait se porter au poignet. Allant plus loin, des parents ou amis désireux de contrôler l'activité d'un apnéiste pourraient surveiller ses allées et venue du coin de l'oeil, en étant à tout moment à même de le ramener manu-militari en surface, à la moindre alerte.

...Dans le dossier que nous avons présenté, on s'était orienté vers un dispositif où toute alimentation électrique était exclue. Mais le contrôle de la plongée en apnée et le déclenchement par un dispositif électrique est peut-être la solution la plus simple, après tout, l'essentiel étant qu'un dispositif efficace voie le jour, quel que soit son principe de fonctionnement. On sait que la grande majorité des plongeurs sont équipés aujourd'hui "d'ordinateurs de plongée", qu'ils portent au poignet et qui comportent un affichage à cristaux liquides. J'avais moi-même inventé un tel dispositif il y a plus de vingt ans, que je l'avais présenté, en vain, à des industriels français, non sous forme de simple projet, mais sous forme de prototype. Ce système n'est pas bien compliqué. Il comporte une pile, un affichage à cristaux et un microprocesseur, convenablement programmé. Il y a vingt ans, on calculait l'état de saturation du corps humain en utilisant "quatre tissus directeurs" (aujourd'hui on en utilise un plus grand nombre). Les tissus ne se chargent en effet pas de la même manière, ni au même rythme, d'azote pendant la plongée. Tous n'ont pas non plus la même vitesse de dégazage et tolérance à ce dégazage. Qu'est-ce qu'un accident de décompression ? Prenez une bouteille de champagne. Si vous faites sauter le bouchon d'un coup sec, les bulles apparaîssent. Si au contraire vous retenez le bouchon en laissant fuser le gaz progressivement, celles-ci n'apparaîssent pas. La maîtrise de la décompression consiste à faire en sorte que dans aucun tissu des bulles n'apparaîssent. Celles-ci sont particulièrement dommageables dans les tissus nerveux et dans les articulations des membres, irrigées par des capillaires. L'apparition de bulles bloque alors le flux sanguin, entraînant la nécrose irréversible des nerfs que ces vaisseaux viennent irriguer. L'accident se signale par des douleurs, vives ou diffuses. Le remède consiste à recomprimer le sujet pour faire disparaître les bulles, et permettre à la circulation sanguine de reprendre son cours en espérant que les dommages n'ont pas été trop important (d'où la nécessité de mettre "en caisson" l'accidenté le plus vite possible).
...Il ne me semble pas a priori impossible de concevoir un "ange gardien" fonctionnant à l'électricité. Le couplage bathymètre-microprocesseur est déjà au point (puisque les "ordinateurs de plongée" existent). Un microprocesseur possède une horloge, avec laquelle il calcule le temps de plongée. Reste à coupler ce système avec un dispositif de déclenchement, pyrotechnique. Les gens les plus aptes à développer un tel dispositif seraient ceux-là même qui produisent les "ordinateurs de plongée".

...Une variante intéressante serait une simple modification de l'ordinateur de plongée, où il suffirait d'adapter une prise, pour le transformer en dispositif de sécurité pour apnéiste.

...Ce ne sont pas les solutions techniques qui manquent, c'est la volonté de réaliser ces produits. Il est étonnant de voir par exemple que la maison Beuchat ne s'y intéresse pas, alors qu'elle sponsorise des équipes de compétiteurs apnéistes.

 

Mardi 14 novembre 2000

...Je reproduis ce témoigange de Julie, "apnéiste de la Réunion". Sans commentaires.

----- Message d'origine ----- De : Julie ÀJ.P.PETIT : Envoyé : dimanche 12 novembre 2000 20:16 Objet : une apnéiste de la Réunion

...Cher monsieur Petit,

...Je ne suis pas un grand industriel à la recherche d'un projet juteux, mais je me suis tout de même octroyé le droit de vous envoyer ces quelques mots. J'ai 20 ans et je m'appelle Julie Gautier, je pratique l'apnée à haut niveau, j'ai participé à la dernière coupe du monde qui s'est déroulée à Nice au mois d'octobre dernier. Je pratique la chasse sous-marine depuis 10 ans avec mon père qui m'a tout appris. J'ai fait énormément de progrès en chasse depuis que je pratique l'apnée. Mon oncle de 38 ans était très fier et impressionné par mes performances. Depuis quelques temps déjà il nous suivait mon père et moi au cours de nos expéditions. Ce dimanche 29 octobre 2000 mon père et lui sont partis seuls. Sur des fonds de 30 mètres ils faisaient des coulées pour attendre les thons. A sa remontée mon oncle a stoppé entre deux eaux pour tirer. Mon père est alors descendu pour lui prêter main forte, il a pris le fusil et l'a suivi du regard. Tout allait bien. Arrivé à la surface mon père n'a pas vu mon oncle alors il à baissé les yeux et l'a vu qui coulait vers le fond. Il avait fait une syncope dans son dos. Tout de suite il a plongé vers lui pour essayer de le rattraper mon oncle pesait au moins 80 kg et était surplombé. Il était sur le dos et descendait vers le fond regardant mon père dans les yeux. Il s'est accroché au fil de vie qui tenait encore. Mais impuissant face au destin qui lui demanda de choisir entre sa vie et leur mort à tous les deux il est remonté à la surface. Son tympan était percé, il avait du lâcher sa ceinture. Le corps de mon oncle à était retrouvé le lendemain par les plongeurs. Je sais que vous comprenez ma peine. Je voulais vous la faire partager car comme vous j'ai pensée qu'il fallait inventer un système pour éviter c'est accidents si nombreux. J'ai trouvée en vous la réponse à mes craintes pour le futur. Je souhaite que votre projet aboutisse pour éviter à d'autre la douleur qui nous ronge. En toute simplicité et sincérité

Julie julie.c.gautier@voila.fr


Juin 2001.

...Revoilà la saison de tous les dangers. Je n'ai ... rien pu faire. Plusieurs points, cependant, se dégagent. Certains lecteur ml'ont écrit en disant "le fait de tout fonder sur un système électrique ne pose réellement de problème, maintenant. On confie volontiers sa beau à un ordinateur de plongée qui fonctionne quand même avec des piles. Le système de secours pour plongeur pourrait être fondé sur un appareillage électrique".

Ils ont parfaitement raison. Tout est basé sur le fait qu'on dispose actuellement de capteurs de pression très fiables qui sont l'entrée de ces calculateurs de paliers. Rien n'empêcherait de sortir une version où ce capteur permettrait de mémoriser la pression de surface, puis le temps de plongée, en surpression par rapport à celle-ci. Le déclenchement intempestif serait annulé en interdisant à l'appareil de se déclencher pour des variations trop lentes de la pression (barométriques). Au delà d'un certain de plongée, qui pourrait même être entrée dans la machine, en tant que donnée, un signal électrique déclencherait l'ouverture pyrothechnique d'une bouteille, à moins, tout simplement, que ce gaz ne corresponde au produit d'une simple réaction chimique, ce qui serait encore plus simple.

Seconde idée, lancée par un autre lecteur : le système où on plonge à deux et où le coéquipier veille, visuellement, à la sécurité de son compagnon. Il dispose alors d'un déclenche à distance, envoyant un signal codé, à ultra-son. Chaque gilet a le sien. Il faut évidemment confier à l'équipier le déclencheur qui va avec son gilet, et vice-versa. Au delà, des parents ou amis, ou une personne surveillant depuis la surface, pourrait déclencher manuellement la remontée autoritaire du plongeur syncopé. Il faudra, pour cela, que les industriels concepteurs de matériels sous-marins prennent le problème en charge. Mais il y a un marché et la chose est relativement simple.

Troisième idée, qu'on peut mettre en application en l'état. On a vu, avec le témoignage de cette malheureuse jeunes fille, qui a vu mourir son oncle sous ses yeux, que le fait de plonger à deux ne résolvait pas automatiquement les problèmes. Si on a un équipier inanimé, gisant sur un fond de trente mètres, que faire ? Il faut le rejoindre, très vite. On a que quelques minutes pour intervenir. Au fond, la compression de la combinaison et des gaz corporels fait gagner en poids apparent. Il faut attraper le syncopé, larguer sa ceinture, puis la sienne propre, enfin essayer de remonter tout cela vaille que vaille, en se colletant les deux poids apparents. Une seule tentative. Si elle échoue, le plongeur sera incapable de récupérer assez vite pour être à même de faire une nouvelle tentative, ce qui entraînera le décès de son coéquipier. Une variante consisterait à être équipé d'une sorte de Mae West. Le plongeur sauveteur, s'accroche alors à son compagnon, éventuellement à l'aide d'un mousqueton, puis déclenche la Mae West, qui remonte les deux. Hélas les Mae West existantes sont encombrantes, freinent le mouvement. On voit mal un apnéiste les utiliser. De plus elles ne sont utiles que pour sauver l'autre. On sait que la syncope est instantannée, ne prévient absoluement pas. Donc au plan individuel cela ne sert à rien.

Quatrième idée : Que chaque équipier emmène avec lui une petite bouée en polystyrène, sur laquelle se trouve bobinés trente ou quarante mètres de fil nylon de pêche, de bon diamètre. Au bout, un petit mousqueton. A utiliser dans une manoeuvre de sauvetage, en deux temps.

1 - On sonde vers le syncopé, on lui accroche rapidement le mousqueton et on largue la bouée, qui remonte en dévidant le fil.

2 - On est alors à même de remonter le plongeur inanimé en tirant sur le fil, depuis la surface.

Pas cher, pas encombrant. Peut sauver des vies.

3 septembre 2002

Je crois qu'il y a eu quinze morts cet été, dans des accidents liés à l'apnée. Merci à toi, Jacques Mayol, pionnier de cette nouvelle "discipline", de ce nouveau "sport extrême". Les médias ont fait brièvement état de ces accidents lors d'un journal télévisé. Il y avait un court dossier. Qu'est-ce que les journalistes étaient aller filmer ? Une image d'un type s'entraînant à descendre accroché à une gueuse dans le plus pur style "Grand Bleu". Qui a-t-on été interviewer ? Un champion de la spécialité, qui s'occupe "d'une formation à l'apnée" et insiste sur le fait qu'on doit enseigner aux pratiquants à "se gérer eux-mêmes". Tout cela est aberrant. Rappelez-vous l'anecdote que j'ai cité en début de dossier et qui se réfère à ma propre expérience. Agé d'une vingtaine d'années j'étais allé faire "une longueur de piscine de 50 mètres, dans le bassin des Tourelles à Paris". Normalement ce genre de performance était très en dessous de ce que je pouvais faire à l'époque. Et ça a été ma prise de connaissance avec la syncope, instantanée, sans aucun signe avant-coureur. J'ai été repêché par des baigneurs. Heureusement, à cette heure-là la piscine n'était pas vide. Je me serais amusé à ce jeu-là à l'heure du déjeuner je ne serais sans doute pas là pour en parler.

Jamais la télévision n'invitera sur son plateau une personne qui tienne un discours "sécuritaire", qui avertisse des dangers inhérents à cette activité. Ca n'est pas "médiatique".

Jacques Mayol, que j'ai bien connu (j'ai plongé avec lui au Bahamas dans les années quatre-vingt) s'est suicidé le 24 décembre 2001. Il avait bien connu mon fils. Quand ce dernier est mort en suivant son exemple imbécile, en juillet 1990, j'ai téléphoné à Jacques en lui disant :

- Cette activité est meurtrière. Tu sais bien que l'homme "ne descend pas d'un singe nageur" comme tu l'avais suggéré dans ton livre "homo delphinus". Sauvons ces gosses, faisons qu'il n'y ait plus de drames de ce genre dans l'avenir. Aide-moi à avertir les gens. Ton image médiatique ferait que toi, tu serais entendu.

Jacques Mayol filmé à Cassis devant un système avec lequel il tenta sans succès,
de descendre à 75 mètres, à plus de soixante ans, devant ces fichues caméras de télévision.

Mais Mayol ne broncha pas. Sans les médias il n'était plus rien. Il ne vivait que grâce à cette image du "Grand Bleu" qu'il avait largement contribué à créer, s'identifiant totalement au héros du film, lequel porte du reste son nom. Il préfèra se taire en pensant que s'il rejoignait les "sécuritaires" les télévisions cesseraient de s'intéresser à lui. Le 24 décembre 2001, complètement seul dans sa villa, abandonné par tous ceux qui l'avaient adulé, par